« Si on ne fait pas d’alliance, le match est plié »: Hélène Matouk (LR) prône l’union pour rafler la ville à la gauche

Native de Nanterre, Hélène Matouk veut incarner le nouveau souffle de la droite pour les élections municipales en 2026. À 29 ans, la candidate LR compte bien déjouer les pronostics au premier tour dans une commune dirigée par la gauche depuis… 1935 !

Tête de file Les Républicains, Hélène Matouk se porte candidate pour les municipales 2026. Crédit : Lila Khodja

Hélène Matouk nous a donné rendez-vous dans le centre-ville de Nanterre, au bar « L’Apostrophe ». Décontractée, elle pose son écharpe beige sur sa chaise, allume une cigarette sur la terrasse et soupire. Tractage, porte-à-porte, contenus sur les réseaux sociaux. Elle est au four et au moulin depuis bientôt trois mois. « Je n’ai plus de vie privée », souffle-t-elle. La raison : sa candidature sous l’étiquette des Républicains (LR) pour les élections municipales de 2026. La jeune femme connaît déjà les incontournables de son programme : doter d’armes à feu la police municipale, favoriser la mixité sociale au sein des quartiers, et soutenir massivement l’éducation. Elle souhaite remettre au goût du jour une droite sociale et populaire dans une ville qui « manque d’alternance politique depuis trop longtemps ». Depuis 1935, les maires de gauche se succèdent à Nanterre, sans aucune exception.

Son objectif est clair : atteindre le second tour. Aucun candidat n’y est parvenu depuis 2001. Pour se donner un maximum de chances de réussir son défi, Hélène Matouk annonce unir ses forces avec celles de Faysal Meneceur, chef de file de l’Union des démocrates et indépendants (UDI). Les deux enfants de Nanterre entretiennent de bonnes relations depuis les dernières élections municipales 2020, où ils ont fait campagne côte à côte. « Si on ne fait pas d’alliance, le match est plié tout de suite », estime-t-elle. La jeune candidate est lucide ; deux listes de droite ne fonctionneraient pas. De son côté, Faysal Meneceur infirme l’accord pour l’instant, mais confie ne pas totalement fermer la porte à une union. Selon lui, « tout est une question de compromis ». Des échanges entre les deux candidats sont en cours, mais aucune alliance n’est effective.

Première expérience sur le devant de la scène

Seule femme candidate engagée pour l’heure, à 29 ans, Hélène Matouk tente de se faire une place sur l’échiquier politique nanterrien. Une ville qui lui tient particulièrement à cœur, puisqu’elle a toujours habité à Nanterre. Ancienne gymnaste et fan de journalisme, elle se forme finalement à la politique durant ses études supérieures à l’université de Nanterre. C’est là qu’elle rencontre Armand Aleksanyan, alors engagé dans le groupe des Jeunes Républicains. Ce dernier voit en Hélène Matouk une personne avec du potentiel et « avec de l’appétit ». Celui qui est désormais son directeur de campagne et mandataire financier la décrit comme une candidate « trop gentille, mais à l’écoute », qui gagnerait à être un peu plus agressive de temps en temps. Elle avoue faire le choix de la sympathie et de la cordialité. Un trait de caractère qui se retrouve dans ses interactions avec les habitants du quartier qui la saluent chaleureusement devant le bar.

Tout s’accélère lorsque Camille Bedin, candidate Divers Droite à Nanterre, la prend dans sa liste lors des dernières élections municipales en 2020 (28,9% des voix au premier tour). Ce qui permet à Hélène Matouk d’être élue conseillère municipale d’opposition. Elle multiplie les expériences en politique : cheffe de cabinet, collaboratrice parlementaire. Elle prend la décision en avril dernier de se porter candidate pour 2026, cette fois-ci en tant que tête de liste. Le 23 septembre, la commission des Républicains approuve à l’unanimité sa candidature. Une investiture qui lui donne « les larmes aux yeux », fière de représenter le parti auquel adhérait son père.

Faire campagne dans une ville historiquement de gauche

Hélène Matouk se souvient très bien d’un matin au marché du centre il y a quelques semaines. Un habitant lui demande : « Comment on peut être de droite à Nanterre » ? L’élue sourit, puis rétorque : « J’aimerais comprendre pourquoi on peut ne pas être de droite à Nanterre ». C’est en grandissant à Nanterre qu’elle s’est positionnée à droite, consciente de ne pas se présenter en terrain conquis. La mairie est dans les mains de la gauche depuis bientôt un siècle. Représenter la droite peut attirer colères et haines. Elle découvre sur ses affiches dans la rue le mot « fasciste » et des croix gammées dessinées sur sa tête. « J’essaie de passer outre, mais ça fait personnellement mal au cœur », avoue-t-elle, émue. Elle n’a pas déposé plainte pour ces faits.

Une animosité qui n’a rien à voir avec celle de la campagne de Camille Bedin en 2020. Cette année-là, l’hostilité est violente : impacts de balles sur les locaux du groupe, menaces de mort au domicile des militants et agression physique de l’un d’entre eux. Une période qu’Hélène Matouk garde dans un coin de la tête, soulagée que les événements ne prennent pas la même tournure aujourd’hui. Ce qu’elle souhaite, c’est ne pas être étiquetée comme candidate radicale et identitaire. Elle assure qu’être « LR à Nanterre » n’a rien à voir avec la ligne politique portée à l’échelle nationale par Bruno Retailleau, président des Républicains. Devenir maire d’une ville de 100 000 habitants ne fait pas peur à Hélène Matouk. Au contraire, « la seule chose que je regrette, c’est de ne pas m’être engagée plus tôt ».

Guilhem Brunet