Au club du troisième âge Edouard Finck, allée Henri Matisse à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), une dizaine de retraitées se retrouvent chaque après-midi. À l’approche des municipales, elles dressent le bilan de Karine Franclet (UDI) et s’interrogent pour l’avenir de leur ville.

“Il y a toujours la crevasse au bout de l’allée. C’est dangereux et la mairie ne fait rien”, déplore Michèle, 78 ans. Autour des trois tables rondes du club Edouard Finck, à Aubervilliers, une dizaine de dames se retrouvent et échangent sur leurs problèmes du quotidien, en ce lundi après-midi de décembre. Pour Julia, veuve depuis 5 ans, venir au club lui permet de rompre la solitude. “Quand j’ai le bourdon, je viens ici et ça va mieux”, raconte-t-elle en tournant la page de son carnet de sudokus.
Elle regrette pourtant son quartier général : le club Ambroise Croizat. Le troisième club seniors d’Aubervilliers a fermé et a été démoli en 2024, avenue Victor Hugo, pour laisser la place aux travaux du métro. Idéalement situé en plein centre-ville, Julia pouvait s’y rendre à pied. Le local d’Edouard Finck est plus excentré, dans le quartier de Fort d’Aubervilliers.
“Je rentre chez moi avant 17h”
Zigzaguant entre les tables, Josette offre des chocolats et s’arrête pour échanger un mot avec chacune des autres retraitées. Courbée, elle surveille du coin de l’œil le soleil qui descend. “En hiver, je rentre chez moi avant 17h. C’est pas sûr”, souffle-t-elle, anxieuse. Elle se souvient avoir été agressée, il y a 3 ans. “Je traversais la place du marché et ils ont essayé de m’arracher ma chaîne”, relate-t-elle en portant une main à son cou. Découragée par la lenteur des autorités, elle a finalement abandonné les démarches pour porter plainte : “qu’est-ce qu’ils auraient fait de toute façon ? Rien du tout”. Julia, native d’Aubervilliers, se souvient d’une autre époque. Celle où le quartier des Quatre Chemins était “la promenade du dimanche”. Aujourd’hui, elle évite de s’y balader.
A la table voisine, les six retraitées délaissent les jeux et les aiguilles à tricoter pour se faire passer le programme des activités du club senior. En première page, la maire Karine Franclet signe l’édito. Maire UDI d’Aubervilliers depuis 2020, elle s’est mise en retrait de ses fonctions durant quatre mois, de février à juin 2025, en raison d’un burn-out. “Elle a du mal à relever la tête”, défend Josiane malgré le retour en poste de la maire.
Karine Franclet, “elle fait comme elle peut”
Renée, ancienne fonctionnaire au stationnement d’Aubervilliers, avait voté pour elle en 2020 : “Personne ne la connaissait, ni elle ni son programme”. Lassée de voir sa ville dans un “état catastrophique”, elle attendait de Karine Franclet qu’elle mette l’accent sur la sécurité et la propreté. Comme beaucoup de ses amies du club. Mais le bilan de la maire de droite ne met pas tout le monde d’accord autour de la table.
Outre l’inaction de la mairie actuelle pour engager certains travaux, Michèle se plaint du manque d’entretien de la voie publique et des espaces verts. Pour Josiane, “ça date pas d’hier”. “Elle fait comme elle peut, pas comme elle veut”, nuance cette infirmière retraitée, pointant la pression subie par l’élue et une mauvaise ambiance au sein du conseil municipal. Le bilan jugé incomplet de Karine Franclet comptera dans leur vote aux prochaines élections municipales.
Mais pour qui ? A trois mois des élections municipales, les retraitées sont dans le flou. “Mais Karine Franclet se représente ou pas ?”, s’inquiète Simone. Personne ne semble avoir de réponse. Les autres candidats et candidates ? “Je n’ai vu aucun programme, je ne sais même pas qui se présente”, souffle Michèle à sa voisine. Parmi les candidatures annoncées, seul le nom de Sofienne Karroumi (DVG), déjà candidat en 2020, émerge dans leur mémoire. Le reste reste flou à l’image de l’avenir de leur ville.
Lily Rey