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À Saint-Ouen, les cyclistes cherchent encore leur place

Le réseau cyclable de Saint-Ouen s’est étendu sous l’impulsion de la majorité sortante. Mais de nombreux axes demeurent peu adaptés à une circulation à vélo apaisée. La place du cycliste dans l’espace public est un enjeu.

La ville de Saint-Ouen compte 900 places de stationnement pour les vélos en 2025 ©Olga Poyet

« C’était bien plus dangereux avant ! » assure Camille. Cet ancien Audonien de 28 ans traverse la place de la République et constate avec enthousiasme que  l’aménagement a bien changé pour les cyclistes. Entre 2019 et 2025, la longueur totale des pistes cyclables de la ville est passée de 870 mètres à 9 kilomètres, aime rappeler la municipalité dirigée par le maire socialiste Karim Bouamrane. Mais, selon le baromètre vélo 2025 réalisé par la Fédération française des Usagers de Bicyclette, Saint-Ouen n’est pas encore une « ville accueillante » pour les cyclistes. La commune obtient notamment la note de 2,93 sur 5 en matière de sécurité à vélo.

Beaucoup d’axes, comme ceux menant à Paris restent « hostiles à la pratique du vélo », selon une note réalisée par l’Atelier solidaire de Saint-Ouen (tiers-lieu participatif autour du vélo) et Paris en Selle. Les deux structures se sont associées pour proposer des pistes de réflexions aux candidats à la Mairie afin que la commune devienne davantage cyclable.

Une circulation à risque

Parmi les endroits jugés dangereux et nécessitant une requalification complète : la rue des Rosiers, qui mène aux célèbres Puces de Saint-Ouen. Mallaury, jeune active qui y habite en colocation depuis presque trois ans et se déplace quotidiennement à vélo, confirme volontiers le diagnostic : « La rue est étroite, rien n’est rénové, il y a beaucoup de livraisons en semaine et des taxis qui desservent les puces le week-end. Alors, la signalétique au sol ne suffit pas. »

L’adjoint à la Sécurité, Jean-François Clerc reconnaît qu’« il y a effectivement des endroits où il existe des dangers quand on circule à vélo ». « On a connu quatre décès de cyclistes en cinq ans, c’est dramatique », ajoute l’élu. Il assure travailler sur le problème en mettant, par exemple, en place « des pistes cyclables avec une vraie séparation entre la voie des voitures et celle des vélos ». L’adjoint a aussi demandé à la préfecture un « renforcement des contrôles routiers » et « l’installation de radars jumelles » pour protéger les cyclistes. Des mesures de surveillance qui pourraient, selon lui, améliorer la situation, car « parfois, à Saint-Ouen, le Code de la route est optionnel, surtout la nuit ».

« Le cycliste n’est pas un sous-usager »

Après la mort du cycliste audonien Paul Varry, percuté par un automobiliste dans le XVe arrondissement de Paris en octobre 2024, un conseil municipal extraordinaire a décidé de limiter à 30 km/h la vitesse autorisée dans une majeure partie de la ville. Paul Varry était engagé à l’Atelier solidaire de Saint-Ouen et avait lui-même travaillé sur cette mesure « d’apaisement », indique Pierre, bénévole au sein de l’association depuis avril 2023. Sous les roues et les chambres à air suspendues en bon nombre au plafond de l’atelier, cet architecte de formation explique que l’association qui compte 547 adhérents « conseille les décideurs », mais fait aussi beaucoup de pédagogie auprès des adultes. Le bénévole « milite pour faire de la sensibilisation sur les questions de sécurité », sur le port des gilets jaunes et des éclairages, notamment.

Au-delà de la pédagogie, l’Atelier solidaire tente aussi de faire reconnaître la légitimité du cycliste dans l’espace public. « On essaye de montrer que le cycliste n’est pas un sous-usager, mais un usager comme les autres, qui a besoin d’aménagements fiables », souligne Pierre. Pour que la cohabitation soit sereine, il faut surtout, selon César, adhérent de l’association, « arrêter d’opposer les gens en fonction de leur mode de transport ». À l’approche des élections municipales, ces constats alimentent les attentes des cyclistes, qui espèrent voir la question des mobilités douces occuper une place de choix dans le programme des candidats.

Olga Poyet