Aux Bleuets, le défi de bousculer sans déranger

À l’écart du centre de Créteil, la cité des Bleuets cultive un calme apprécié. À l’approche des municipales de 2026, ce quartier discret semble surtout attaché à la continuité, un défi pour les nouveaux candidats appelés à succéder à Laurent Cathala, maire de la commune depuis près d’un demi-siècle.

L’entrée de la résidence des Bleuets, située dans le Nord de Créteil, commune du Val-de-Marne, labellisée architecture contemporaine remarquable. @Juliette Thorin, IPJ

Au nord de Créteil, dans le Val-de-Marne, la cité des Bleuets est à l’écart du centre-ville. Cet ensemble de 560 logements sociaux donne le sentiment d’un quartier à part. Les barres d’immeubles bleu ciel et jaune pâle apparaissent derrière les arbres, après une petite place où se font face une boulangerie et une supérette.

Née et élevée à Créteil, Laurianne s’est installée dans le quartier il y a six ans et ne compte pas en partir. « Il y a tout ce qu’il faut ici, franchement je n’ai rien à redire : on est bien desservis par les bus, les logements et les loyers sont très corrects, il y a une crèche, une école maternelle… », assure-t-elle, évoquant aussi les travaux récents, le calme et la « sérénité » de la cité. Assistante administrative à la mairie, elle votera sans hésiter pour Laurent Cathala aux municipales de mars 2026. « Je suis née Cathala. C’est difficile d’imaginer une ville dirigée par quelqu’un d’autre… »

Le commerce au rythme du quartier

Un peu plus loin, sur la petite place attenante à la cité, une boulangerie. Celle où travaille Abdel, 28 ans. Tablier blanc couvert de farine, sweat vert et lunettes rondes, il enchaîne les salutations derrière son comptoir. « Ça va frérot ? » — « Bien, et la famille ? » Les mêmes échanges, répétés toute la matinée, avec des clients qu’il connaît tous. « C’est un petit quartier, et ici je suis la seule boulangerie », explique-t-il. Le faible passage, hormis les habitués, est « agréable pour vivre, moins pour faire du chiffre ». Abdel regrette surtout le manque d’attention portée à la cité des Bleuets, éclipsée selon lui par Créteil Centre et Créteil Sud. « Il y a une asymétrie, oui, c’est le mot. Après, on ne se plaint pas vraiment, parce qu’il n’y a pas grand-chose à reprocher non plus. »

Même détachement chez Josiane, 55 ans. « La politique locale ? Je ne m’en occupe pas du tout. Tant que je peux me garer facilement quand je rentre chez moi, ça me va. » Dans ce quartier où les revendications sont rares et la satisfaction globale, l’enjeu pour l’opposition sera de proposer sans brusquer.

« Le rôle d’un maire, ce n’est pas de bousculer pour bousculer. »

Candidat insoumis aux municipales, le responsable associatif Abdoulbar Djaffar revendique justement cette approche. « Je connais les Bleuets comme un quartier très jeune, très divers, affirme-t-il. Le rôle d’un maire, ce n’est pas de bousculer pour bousculer. » Il promet une méthode fondée sur l’écoute : « Aux Bleuets comme partout à Créteil, notre boussole, c’est améliorer le quotidien tout en protégeant la tranquillité. » Conscient d’un « sentiment de délaissement, surtout chez les commerçants », il évoque l’installation de locaux pour maintenir les petits commerces et l’activation du dispositif Territoires zéro chômeur de longue durée. « Créer des dynamiques d’insertion, plus d’espaces de vie, des crèches aux horaires élargis… tout cela passera aussi par des médiateurs municipaux. »

Juliette Thorin