Colombes ne compte qu’un seul lycée général public et deux lycées professionnels publics. Chaque année, des dizaines d’élèves de troisième attendent des mois leur affectation en classe de seconde tandis que d’autres se voient refuser un redoublement. Le nombre limité de place ne permet pas de répondre à toutes les demandes. La région avait pourtant promis la construction d’un nouveau lycée mais le projet a été abandonné. Désemparés, parents et adolescents attendent désespérément qu’une place se libère.

Islem Benamara, 18 ans, chez lui à Colombes le lundi 15 décembre 2025. Son redoublement n’a pas été accepté par son lycée professionnel. © Miléna Rossi
Islem, 18 ans, fait partie de ces élèves lâchés dans la nature depuis septembre. Le lycée professionnel Anatole France ne lui a pas permis de redoubler sa terminale, faute de places disponibles selon l’établissement. Avec sa mère Salima, le lycéen, en spécialité électricité (MELEC) ont sollicité de nombreuses fois l’établissement dans l’espoir qu’une place se libère – en vain. Informés fin août de l’impossibilité de redoubler, l’adolescent a toqué aux portes d’autres lycées. « Je suis allé à Nanterre, Suresnes, Argenteuil », se souvient-il. Salima liste toutes les institutions auxquelles elle s’est adressée. « On a fait des mails à la DSDEN (Direction des services départementaux de l’Éducation nationale), à l’académie, à la FCPE (Fédération nationale des conseils de parents d’élèves des écoles laïques), au CIO (Centre d’Information et d’Orientation). On nous a même dit d’aller à la Mission Locale mais tous se renvoient la balle », désespère-t-elle.
« L’école est un droit, pas une loterie ! »
Cette maman solo ne peut pas se permettre de mettre son fils dans un lycée privé et pourtant elle a peu d’espoir qu’une solution soit trouvée dans le public. Elle a reçu un message d’une ancienne professeure de son fils l’informant qu’à la prochaine rentrée, la priorité sera accordée aux redoublants de cette année, ce qui réduit les chances d’obtenir une place. « J’ai pris conscience qu’une place coûte chère », avoue Islem. Dorénavant, l’adolescent envie ses ami.es qui poursuivent leur scolarité. En attendant la rentrée 2026, il espère signer un contrat en alternance en électricité et repasser son bac.
La situation d’Islem est loin d’être un cas isolé. La ville de Colombes ne compte en effet qu’un seul lycée général, le lycée Guy de Maupassant. À la rentrée 2024, près de 1300 élèves y étaient scolarisés. Les deux lycées professionnels, Anatole France et Claude Garamont accueillaient en 2024 pas moins de 800 élèves. Nathalie Déré, membre de l’union locale de Colombes qui fait le lien avec la FCPE, accompagne les familles concernées par les problèmes d’affectation. Certains jeunes Colombiens du collège Moulin Joly ont dû attendre tout l’été, voire même après la rentrée pour connaître le nom de leur nouvel établissement. « Ça s’est réglé au compte-goutte », se souvient Nathalie Déré. « La mairie ne peut rien faire mais elle nous a soutenus », déclare-t-elle. [Nous avons contacté à plusieurs reprises l’adjoint responsable de l’éducation à la mairie, Valentin Narbonnais, sans succès]. Elle explique également que l’académie de Versailles reste floue sur les dysfonctionnements. [L’académie a été contactée mais elle n’a pas encore répondu à nos questions].
Comme tous les étés, quelques mobilisations se sont organisées au début de l’été devant la mairie sous l’égide de la FCPE de Colombes. « L’école est un droit, pas une loterie ! », clamait l’association sous un post Facebook. Le réseau social est un lieu de ralliement pour les parents d’élèves de Colombes dont l’enfant s’est vu sans perspective de rentrée scolaire. « Inacceptable », « Inadmissible », « Une catastrophe » tels sont leurs mots en commentaire. Un ancien membre de la FCPE, qui a souhaité resté anonyme se dit « blasé ». « Ça fait 25 ans que les élèves sont baladés. Certains font une année sabbatique avant de retrouver un lycée. Je n’en peux plus », s’insurge-t-il.
La promesse de construire un nouveau lycée général abandonnée par la région
Une situation d’autant plus incompréhensible que le seul lycée public de la ville a fermé une classe à la rentrée 2024. Par ailleurs, la promesse de construire un nouveau lycée général dans le quartier des Fossés-Jean a été abandonnée par le conseil régional en 2023. Selon Le Parisien, ce revirement serait lié à une réévaluation démographique faisant état d’une baisse des effectifs scolaires. Certains membres de la FCPE avancent toutefois des raisons politiques. Ils évoquent le passage de la municipalité sous la direction des Verts, un changement qui aurait déplu à la présidente Les Républicains (LR) de la région, Valérie Pécresse. En vue des prochaines élections municipales, certains Colombiens comme Laurent et Pascale, parents de deux jeunes enfants, espèrent que le candidat LR Joakim Giacomoni pourrait peser sur les prises de position de la présidente. Si la ville passe de nouveau dans le camp de sa couleur politique, le projet pourrait être relancé.
Des responsabilités partagées :
Les académies décident de l’ouverture ou de la fermeture des formations.
La DSDEN gère la scolarité et la vie scolaire : fréquentation scolaire, affectation après orientation, classes transplantées.
La région prend en charge le financement des lycées. Elle joue un rôle majeur dans la décision d’ouverture des formations.
Miléna Rossi