Insécurité à Créteil : au Mont-Mesly, l’absence de police municipale a un prix

Alors que la ville, exception parmi les préfectures, refuse toujours de financer sa propre police par peur de la « double imposition », les habitants du Mont-Mesly pointent les limites d’un manque de moyens face au deal et aux violences.

Créteil (Val de Marne), le 16 décembre 2025. Place de l’Abbaye au cœur du quartier du Mont-Mesly, quartier prioritaire de la politique de la ville (QPV) depuis 2014. © Joachim FERNANDES, IPJ

C’est une équation que Laurent Cathala, le maire sortant (PS) de Créteil, pose invariablement sur la table lors des débats budgétaires : pourquoi les Cristoliens (habitants de Créteil, NDLR) devraient-ils payer une seconde fois, via leurs impôts locaux, pour une police qui relève, selon lui, de la compétence exclusive de l’État ? Pourtant, Créteil est la seule préfecture en France sans police municipale.

L’argument de la « double peine » fiscale est la clé de voûte du refus de mettre en place une police municipale. Créer une brigade crédible pour une ville de 92.000 habitants coûterait plus de 3 millions d’euros par an (pour une soixantaine d’agents). Une somme que la mairie préfère investir dans ses politiques sociales. Mais au Mont-Mesly, quartier populaire sur les hauteurs de la ville, cette logique comptable se heurte à la réalité du quotidien. En juillet 2024, une rixe entre bandes rivales avait fait un mort en plein cœur du quartier.

Pas de forces dissuassives ni préventives

Le vide n’est pas total. La ville finance une quarantaine d’agents de surveillance de la voie publique (ASVP) et de nombreux médiateurs. S’ils sont utiles pour le lien social, ils restent impuissants face à la délinquance dure. « Il n’y a pas de police municipale ? Je ne savais pas », s’étonne d’abord Assia, habitante du Mont-Mesly de 64 ans, avant de faire le lien avec ce qu’elle observe à la gare. Depuis deux ou trois ans, des vendeurs de cigarettes à la sauvette opèrent « en toute impunité », à la sortie du Métro Créteil-Préfecture — proche du Mont-Mesly — ciblant les lycéens comme clientèle. Face à eux, les agents de l’ASVP ne pèsent pas lourd en terme de dissuasion.

Même constat pour Candide et David, 23 et 30 ans. Les deux étudiants en école de commerce décrivent des points de deal et des « bagarres » nocturnes. Dans ces cas-là, seule la Police Nationale intervient. « Mais elle ne fait que réagir, ça ne résout pas les choses », déplore les deux colocataires. Pour eux, il manque ce maillon intermédiaire capable de prévenir les incidents.

Un enjeu brûlant pour 2026

Ce vide sécuritaire promet d’être le champ de bataille des prochaines municipales. L’opposition de droite, incarnée par Thierry Hebbrecht (LR), réclame de longue date une police municipale armée 24h/24, jugeant que Créteil est devenue une anomalie dans le département. En juin dernier, le compte X « Créteil pour Vous 2026 » lié au candidat a publié un message reprenant une « Une » du Parisien consacrée à l’étude d’une mise en place d’une police municipale par la mairie.

Mais le débat agite aussi la gauche. Abdoulbar Djaffar, récemment investi tête de liste La France Insoumise pour 2026, devra clarifier la position de son camp : faut-il céder à la demande d’habitants comme Nodbou, jeune père de 35 ans, inquiet des « coups de feu » de la police en bas de chez lui il y a quelques semaines ? Ou maintenir le refus d’une police locale jugée coûteuse ?

En mars 2023, la majorité actuelle a entrouvert la porte en lançant une « étude d’opportunité”, sans résultats clairs. Une hésitation politique qui intéresse le père Alfred, curé de la paroisse Saint-Michel. La police municipale est nécessaire face à « l’imprévisibilité des cités ». Il déplore les rondes d’une police nationale qui ne fait que « passer ».

À quelques mois des prochaines élections, la sécurité s’impose comme un défi pour la majorité sortante. Entre la doctrine de Laurent Cathala et les attentes pressantes du terrain, le futur visage de la sécurité à Créteil pourrait bien se jouer dans les urnes.

Joachim FERNANDES