Faute de dojo, les karatékas sont obligés de s’entraîner… sur un terrain de basket

REPORTAGE | Les associations sportives de Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) composent avec des équipements manquants ou vieillissants. Les sports de combat sont concernés par cette situation, en particulier le club de karaté KOS, qui doit s’entraîner sur le terrain de basket du gymnase Jules Ferry. À l’approche des municipales 2026, des travaux ont enfin débuté dans le dojo Nicolas Debarge, après plusieurs années d’attente.

Villeneuve-Saint-Georges, terrain de basket du gymnase Jules Ferry, lundi 15 décembre 2025. Les cadets saluent leurs coachs à la fin du cours, du moins gradé (à gauche) au plus gradé (à droite). © Tara Luce

Hadjimé ! Il est 20 heures quand les poussins du club de karaté KOS saluent leurs coachs avant que les cadets ne rentrent s’échauffer. Emmitouflés dans leurs vestes aux couleurs du club, portées par-dessus leurs kimonos, les enfants frissonnent. Les exultations à chaque mouvement de mawashi résonnent dans la salle, alors que le bruit des baskets a remplacé celui des pas chassés.

Lundi 15 décembre, au gymnase Jules Ferry, les jeunes qui se destinent à la compétition viennent s’entraîner. À l’entrée, la pancarte « remise à neuf du dojo du gymnase Jules Ferry » rappelle que les travaux sont en cours. Les entraînements doivent désormais avoir lieu sur le terrain de basket. À la place des tatamis, quelques plots rouges au sol délimitent l’espace. 

« J’ai déjà emmené mon fils aux urgences »

Depuis deux mois, le bâtiment est en rénovation, suite à une décision de la mairie, consécutive à des problèmes existants depuis plus de cinq ans. Objectif : changer l’isolation thermique et les tatamis abîmés. Les travaux initialement prévus pour une durée de cinq jours, ont pris du retard, en raison de « la dégradation des murs et de briques cassées, dépourvues de ciment », comme l’explique la présidente du club Ilham Bitre. Résultat, le chantier doit s’étirer sur deux mois.

Face à de récents signalements préoccupants d’allergies, de vomissements et de crises d’asthme, elle tire la sonnette d’alarme. « J’ai déjà emmené mon fils aux urgences après un malaise », dénonce-t-elle. Inquiets eux aussi, les parents ont fait circuler une pétition. Face à ces tensions, l’adjointe au maire, responsable de la petite enfance, s’est déplacée pour les rassurer.

Les exercices de jambes bannis pour éviter les blessures

Le temps de la rénovation, les enfants s’entraînent sur un terrain non adapté à la pratique du karaté. De nombreux cas de chevilles foulées ont été recensés. « Depuis qu’ils ne s’entraînent plus dans le dojo, ils ne font plus d’exercices de jambes, car le sol est trop glissant. Et ça s’est ressenti lors des résultats catastrophiques de la dernière compétition », déplore Junaid, coach et ancien membre du club.

Malgré cela, Manoua, 14 ans, ne renonce pas à venir aux séances, car le club est comme sa « deuxième maison », explique-t-elle avec joie après deux heures d’entraînement.

Dojo Nicolas Debarge, lundi 15 décembre 2025. Les cours pourront reprendre sur les tatamis début janvier, selon la présidente du club. © Tara Luce

Le club de karaté n’est pas le seul impacté par la dégradation des locaux. Les pratiquants de judo et de taekwondo ont aussi changé de gymnase pour poursuivre leurs entraînements. Cette situation pointe le manque d’équipements sportifs pour les Villeneuvois. Dans la salle, plusieurs parents rêvent d’un grand complexe sportif dédié aux sports de combat, un engagement que Kristell Niasme (LR) avait déjà pris lors des élections municipales partielles.

Au club de basket, des subventions divisées par deux

Le président d’« Ormoise Basket » Laurent Robardet se souvient du sol du gymnase Jules Ferry, en mauvais état, qui avait « causé des problèmes de hanches aux joueurs ». À ces difficultés s’ajoute également une répartition déséquilibrée des subventions. Laurent Robardet se souvient d’un échange « houleux » sur la réduction des aides à son club, passées de 8 000 euros à 4 000 euros, avec Kristell Niasme lorsqu’elle était adjointe au maire Philippe Gaudin (DVD).

À Villeneuve-Saint-Georges, trois gymnases concentrent l’essentiel de la pratique sportive pour près de 38 000 habitants. Conséquence : « des familles inscrivent leurs enfants dans des clubs de villes voisines », comme l’explique Meriem, mère de famille qui accompagne ses trois enfants ce lundi 15 décembre. Au sein du club de karaté, qui compte 148 adhérents, les élèves espèrent que, dès la fin des travaux, ils pourront de nouveau entendre : Hadjimé !

Tara Luce