Situé en face du collège Iqbal Masih, le centre de la Plaine rencontre un franc succès. Sa localisation en fait un lieu incontournable de rencontre et de médiation pour les jeunes dionysiens.

Début de soirée dans le local de l’espace jeunesse de la Plaine, où les jeunes discutent avec un coordinateur. ©Jade Ceni
« Il y a toujours plein de choses à faire ici », s’exclame Nassim, lycéen qui vient à l’espace jeunesse avec ses amis depuis 6 ans. Comme la plupart des jeunes de l’espace jeunesse de la Plaine, il a découvert le lieu en traversant la rue, en face de son collège. Ici, la pièce se remplit à partir de 16h45. Les collégiens discutent autour des tables rondes, rient, jouent au ping-pong ou à la « play ». Farah vient avec sa meilleure amie depuis son entrée au collège, la lycéenne trouve un réconfort dans le local devenu familier : « C’est le moment de soulagement après les cours ». Son amie Linda se déclare prête à faire 30 minutes de trajet maintenant qu’elle connaît les lieux. « On s’y sent bien, surtout en hiver, il fait bon et on retrouve les autres », déclare la lycéenne. Pour les deux amies, l’espace jeunesse ouvre les portes d’une réalité au-delà du quartier : « On ne paie pas trop cher et avec les voyages organisés on a pu découvrir Montpellier, Paris, l’Espagne aussi. »
Fidéliser la jeunesse
« Lorsque les jeunes viennent, ils ne repartent plus », affirme Amel, coordinatrice depuis 3 mois à la Plaine. Le succès du lieu est en grande partie dû à sa localisation devant le collège qui permet de fidéliser les jeunes. Aux lycées Paul Éluard et Frédéric Bartholdi, aucun élève n’a entendu parler des espaces jeunesse. Celui de Gabriel Peri, à 10 minutes des deux établissements scolaires, a fermé depuis plusieurs mois. « Pour que ça fonctionne, il faut que ce soit dans leur quartier », affirme Amel.
Les inscriptions augmentent en hiver. « S’ils ne sont pas ici, ils vont traîner dans des cages d’escalier parce qu’il n’y a pas d’endroits où aller dans le quartier quand il fait froid », constate Margot, responsable du lieu depuis un an. « On irait dans des parcs ou sur des bancs. En hiver il n’y a rien à faire dehors », confirme Ryan, lycéen de 15 ans. Amel et Margot, assises à une des tables rondes blanches, insistent sur l’intérêt des lieux. « C’est essentiel que ces endroits existent pour limiter l’errance », explique Amel. « Les rixes ça naît de l’ennui », confirme la responsable, une main posée sur la table.
Si le lieu amuse les jeunes, il assure aussi la tranquillité de la ville. Margot fait le bilan : « On évite les départs de rixe une fois par mois et on fait intervenir la police une fois par an ». Au cœur de ce dispositif, les activités proposées aux jeunes leur permettent de s’amuser, mais aussi de communiquer ce qu’ils ont en eux. « On arrive à repérer les conflits avec les autres quartiers grâce aux textes qu’ils écrivent dans nos activités rap, ça nous permet d’intervenir rapidement et d’apaiser les tensions », assure la responsable du centre.
Préparer l’avenir
Le but de l’équipe pédagogique dépasse celui d’un centre de loisir : fournir un accompagnement vers la vie d’adulte est une de leur mission. Pour ce faire, Amel aide les jeunes dans leur insertion professionnelle grâce à son master en ressources humaines : « j’aide les filles du club cuisine à gérer leur stand, elles pourront choisir dans quelles activités investir l’argent récolté ». Les adolescents sont impliqués dans la gestion des différents clubs et apprennent la coopération, la gestion de l’argent et la mise en place de règles. Ces compétences leur sont utiles dans les opportunités professionnelles proposées par Margot. « Assez tôt ils veulent travailler, on leur propose de la figuration dans des séries par exemple, ils sont très motivés », affirme-t-elle.
La responsable démontre l’intérêt de l’espace jeunesse pour détourner les jeunes des moyens illégaux de gagner de l’argent. Si le dispositif fonctionne dans la Plaine, le deal est la principale raison avancée par la mairie pour expliquer la mutualisation de l’espace jeunesse Gabriel Peri. Aujourd’hui le bâtiment est fermé au public, et les actions du centre sont hors les murs. Si les espaces jeunesse De Geyter et La Gare ont également dû fermer leurs portes, à la Plaine, l’initiative est loin de s’essouffler. Margot recherche un nouveau local pour accueillir les jeunes dans de meilleures conditions, à partir du début d’année 2026.
Jade Ceni