Faute de candidat « sérieux », le Rassemblement National renonce à se présenter à Villeneuve-Saint-Georges

Le parti d’extrême droite ne présentera pas, une fois encore, de candidat lors des prochaines municipales à Villeneuve-Saint-Georges. Pourtant, la montée des enjeux liés à la sécurité et à la salubrité ainsi que le basculement de la ville, historiquement communiste, aux mains de la droite en 2020 auraient pu contribuer à l’objectif de « conquête » du département formulé par le RN.

Villeneuve-Saint-Georges, le 15 décembre 2025. Le Rassemblement National, malgré son implantation départementale, ne sera pas représenté lors des municipales 2026 à Villeneuve-Saint-Georges. © Alice Lardry

Vous aurez beau chercher la mention « Rassemblement National » sur les marchés, les affichages publics ou dans les boîtes aux lettres de Villeneuve-Saint-Georges, vous ne la trouverez à aucun de ces endroits. Et pour cause : le parti n’investira pas de candidat dans la commune pour les élections de 2026. Exit donc l’ancien élu Dominique Joly, pourtant pressenti comme tête de liste selon une source impliquée dans la campagne locale des municipales.

Un choix étonnant pour une ville souvent présentée comme celle « qui pourrait basculer à l’extrême droite ». Kevin Nader, délégué départemental du Rassemblement National pour le Val-de-Marne, justifie cette décision par un processus d’investiture plus long et rigoureux : « Le Rassemblement National fait beaucoup plus attention aux candidats qu’il investit. Même s’il y a des adhérents qui veulent se présenter et recevoir l’investiture, il faut qu’ils disposent d’un certain niveau de formation, de savoir-faire et de savoir-être. S’ils ne respectent pas ce cahier des charges, alors nous ne pourront pas les soutenir. » Le candidat à la mairie d’Ivry-sur-Seine, qui a récemment pris ses fonctions au sein de la fédération départementale, confie ainsi avoir manqué de temps pour investir un candidat « sérieux » à Villeneuve-Saint-Georges.

Conquérir le Val-de-Marne à l’horizon 2035

Le Rassemblement National est pourtant en pleine expansion dans le département. Lors des élections législatives organisées en 2024, le parti était présent au second tour dans quatre des onze circonscriptions du 94, une première. Deux ans plus tôt, lors de ce même scrutin, aucun candidat n’avait réussi à passer ce cap. L’objectif de « conquête » du Val-de-Marne à l’horizon 2035 est maintenant clairement assumé par un cadre local du parti. La première étape sera donc les municipales, pour tenter de remporter de nouveaux bastions dans des circonscriptions historiquement classées à gauche voire à l’extrême-gauche.

En 2024, à Villeneuve-Saint-Georges, les électeurs avaient voté en grande majorité pour réélire Louis Boyard (La France Insoumise) député de leur circonscription. Arnaud Barbotin, le candidat de l’union nationale, une alliance inattendue entre Les Républicains et le RN, était lui arrivé en deuxième position avec 23 %. Son score était alors presque huit points supérieurs à celui de Francis Pretot qui représentait le parti lepéniste en 2022.

Une absence qui fera des déçus

Les Villeneuvois n’auront donc pas, pour la troisième fois consécutive, de prétendant Rassemblement National aux municipales. Lors des élections municipales partielles de janvier dernier, Dominique Joly avait bien tenté de se présenter sous l’étiquette du parti. Mais une irrégularité dans son dossier l’avait contraint à retirer sa liste.

Kevin Nader est conscient que cette absence de représentants pour 2026 fera des « déçus » parmi les adhérents et sympathisants. « Mais on ne peut pas non plus investir n’importe qui et mal faire les choses, se défend le délégué départemental. On est plus observés, on a moins le droit à l’erreur que les autres partis. Soyons donc à la hauteur de nos exigences et de celles de la société », martèle-t-il.

Une stratégie qui surprend le candidat sans étiquette Mamadou Traoré : « Le RN fait de très bons scores à Villeneuve-Saint-Georges. Il y a un terrain fertile pour ce parti, de par les multiples difficultés que rencontre la ville. Je suis donc étonné qu’ils ne présentent pas de liste car ils ont clairement les moyens de faire tomber la maire actuelle. »

A l’inverse, pour certains candidats de la droite, ce vide laissé par le RN à Villeneuve-Saint-Georges est une aubaine. En jouant sur des thématiques traditionnellement associées au parti d’extrême droite telles que les incivilités, la sécurité ou la salubrité publique, les listes étiquetées à droite pour les municipales pourront bénéficier d’un report de voix. Un atout clé pour s’imposer face aux divisions de leurs adversaires, dans cette municipalité longtemps ancrée à gauche.

Alice Lardry