« Désastre financier, juridique et de gestion » : le théâtre des Amandiers lève le rideau, mais divise sur la scène politique

Le centre dramatique national de Nanterre réouvre ses portes au public ce jeudi 18 décembre, après quatre ans de travaux. Un chantier qui a pris du temps et coûté cher sans vraiment intéresser les habitants.

Même s’il a rouvert ses portes ce jeudi, le théâtre des Amandiers conserve les stigmates d’un long chantier de rénovation. Crédit : Guilhem Brunet

Les trois coups frappent le plancher. Le théâtre des Amandiers ouvre à nouveau ses portes au public ce jeudi 18 décembre. Le centre dramatique national a obtenu le feu vert de la commission communale de sécurité, lundi dernier. Le maire de Nanterre, Raphaël Adam (Divers gauche), se réjouit de voir aboutir un projet de rénovation dont la ville est le maître d’ouvrage. En plus de moderniser le complexe, le réadapter aux normes et répondre aux exigences environnementales, l’élu local confie au Parisien que ce projet a pour ambition d’ouvrir « davantage le théâtre sur la ville en l’intégrant mieux à son environnement urbain ». Un défi qu’il estime réussi.

Créé en 1971, le théâtre de banlieue le plus grand d’Europe est l’une des vitrines de la ville de Nanterre. Grâce à sa rénovation, il accueille désormais une salle de 200 places, de nouveaux équipements scénographiques et des loges plus adaptées. Ouverte directement sur l’extérieur, la partie basse de l’établissement hébergera, elle, une librairie et un restaurant. Pour la réouverture tant attendue du centre dramatique, ce sont « Les petites filles modernes » de Joël Pommerat qui ont l’honneur de monter en premier sur les tréteaux. La pièce restera à l’affiche jusqu’au 24 janvier.

Une rénovation coûteuse et critiquée

Entreprises prestataires en faillite, défaillances de gestion sur le chantier, réouverture retardée… Les travaux de rénovation du théâtre des Amandiers ont connu de multiples soubresauts. Début novembre, la chambre régionale des comptes d’Île-de-France rend son verdict dans un audit « flash ». Parmi les éléments les plus houleux : le financement du projet. Initialement budgétisée à 34 millions d’euros, la rénovation en coûte finalement plus de 50. Aléas de chantier, soucis conjoncturels et pilotage d’un projet ambitieux et complexe, la municipalité est responsable. Une charge que refusent d’assumer Raphaël Adam et la ville de Nanterre.

En pleine campagne électorale, les candidats de l’opposition ne sont pas tendres avec le projet du maire sortant, lui-même en lice. Hélène Matouk, tête de liste Les Républicains (LR), évoque un « désastre financier, juridique et de gestion ». Ce qu’elle blâme ? Un surcoût de huit millions d’euros à la charge de la ville. Des sommes qui n’iront pas « dans la sécurisation des écoles, l’éducation, la rénovation de l’habitat indigne », soupire-t-elle. Candidat pour La France insoumise, Nicolas Huyghe regrette lui un gros manque de transparence de la majorité municipale. « C’est la philosophie de la mairie de Nanterre, qui aime bien les projets de prestige, toujours au détriment du reste, juge-t-il, agacé. On est typiquement dans les dérapages de la mairie ».

« Il faut que les Nanterriens s’approprient ce théâtre »

Dans le centre de Nanterre Ville, les habitants semblent peu concernés. À l’image de Catherine, récemment retraitée. « Oui, je vois, c’est le grand théâtre proche du rond-point vers le quartier des Picasso », hésite-t-elle. Au marché du centre, on avoue ne pas suivre l’évolution du chantier du centre culturel. « Moi, je n’y suis rentré qu’une fois et encore j’étais gamin » , regrette Faysal Meneceur, nanterrien depuis l’enfance et tête de file UDI pour les prochaines élections municipales. Et celui-ci d’ajouter : « Il faut que les Nanterriens s’approprient ce théâtre. C’est à eux. »

Le rayonnement du théâtre des Amandiers s’étend bien au-delà des Hauts-de-Seine. Une attraction bénéfique pour la municipalité, mais qui n’intéresse pas les habitants. Pour Hélène Matouk, ceux qui profitent du lieu ne sont pas les locaux, mais bien les « bobos parisiens ». Depuis 2022, le théâtre des Amandiers connaît en effet un pic d’affluence en lien avec la sortie du film éponyme réalisé par Valeria Bruni Tedeschi, très plébiscité par le public de la capitale.

Comment faire venir les Nanterriens au théâtre des Amandiers ? Chaque candidat propose sa solution. Pour l’insoumis Nicolas Huyghe, l’idéal serait de créer davantage de ponts entre le centre dramatique, la mairie et les habitants. Il avance aussi la mise en place de billets plus accessibles financièrement. Une mesure que partage Faysal Meneceur, qui souhaite tendre vers une « gratuité » des tarifs d’entrée. Hélène Matouk critique, elle, la programmation du théâtre, « orientée politiquement à gauche ». Son souhait : adapter l’offre aux Nanterriens et mettre les spectacles à disposition des élèves et des centres de loisirs. « J’aimerais que les enfants de Nanterre puissent rentrer dedans et devenir des habitués du théâtre », conclut-elle.

Guilhem Brunet