En 2027, le quartier administratif de Créteil profitera de la ligne 15 du Grand Paris Express. Sur place, les habitants ont hâte de voir le futur métro pointer le bout de son nez. Mais ils espèrent également l’implantation de nouveaux commerces et d’activités.

Le chantier de la future ligne 15, à la sortie du métro 8 © Hichima Moissuli
À la sortie de la gare de Créteil-L’Échat, étudiants, travailleurs et retraités se croisent. « Bah elle n’est pas encore là », s’étonnent plusieurs passants interrogés sur la future ligne 15 sud du Grand Paris Express. Ce futur métro doit relier Pont de Sèvres à Noisy-Champs, sans passer par la capitale. Un gain de temps pour les banlieusards, souvent contraints par de nombreuses correspondances.
Pour Estelle, 34 ans, un livre dans les mains, la ligne 15 changerait la donne. « Je n’aurais plus de changements à faire », explique-t-elle. Elle espère également que le nouveau métro apportera plus de flux et d’activité dans un quartier qu’elle qualifie de « mort ». Mais pour elle, l’arrivée d’un métro n’est pas suffisant. « Il faut aussi des commerces de proximité, pas uniquement des kebabs. C’est à la mairie de cadrer ça », estime-t-elle, à quelques semaines des élections municipales. Philippe et Enzo, eux, sont plus mesurés. L’offre commerciale est déjà suffisante à leurs yeux.
« D’ici là je n’en aurais plus besoin car je serai à la retraite »
À quelques mètres de là, Oumar, coordinateur socio-éducatif dans le quartier, est persuadé que la ligne 15 va permettre d’attirer de nouveaux habitants dans un quartier qu’il qualifie de « triangle des Bermudes », car marqué par une forte précarité sociale. Lui, en profitera par ricochets, espérant que les embouteillages pour venir de Bonneuil-sur-Marne se réduiront.
Croisée dans les rues pavillonnaires, Annie, 63 ans, se désole des nombreux reports de mise en service. « Je travaille vers la Défense et je mets une heure pour y aller. Avec la 15 j’aurais mis 30 minutes ». Annoncée initialement pour 2018, le métro est désormais attendu pour avril 2027 au plus tard. « D’ici là, je n’en aurai plus besoin car je serai à la retraite », lâche-t-elle en riant.
La sexagénaire, voisine du chantier, a également hâte de voir les travaux terminés, après avoir subi les nuisances sonores : « Il y a trois ou quatre ans, ils creusaient le sol en pleine nuit. Moi j’habite au bout de la rue et je les entendais, alors imaginez ceux qui habitent plus haut ! »
De nombreux logements prévus
De l’autre côté du quartier, avenue du Général-de-Gaulle, Marie, enseignante de 52 ans est aussi pressée. « Ma sœur habite à Bobigny. Je mets une heure pour aller la voir mais avec la 15, je mettrai trente minutes », explique-t-elle. Ce projet représente aussi une opportunité pour Stéphanie, en recherche d’emploi : « Ça sera forcément plus pratique ».
Du côté des professionnels de l’immobilier, l’enthousiasme est mesuré. « Les clients en parlent très peu, mais c’est nous qui leur en parlons », reconnaît Henri Dupin, agent immobilier. Le professionnel l’utilise comme argument de vente, mais avec prudence. « On leur dit qu’elle arrive prochainement, sans donner de date, parce que c’est repoussé en permanence », dit-il en riant.
« Le quartier va évidemment changer. Autour des futures gares, de nombreuses constructions vont venir densifier le quartier [NDLR : 850 logements ] », ajoute-t-il. Une dynamique soutenue par le maire sortant. « Laurent Cathala a toujours voulu que la ville dépasse les 100 000 habitants, donc il ne freine pas les possibilités de construction », pointe l’agent immobilier.
Mais cette densification soulève aussi des interrogations. « Construire des logements, c’est bien, mais il faut les structures qui vont avec : des écoles, des gymnases… À l’Échat, pas mal d’habitants, notamment des jeunes, se plaignent du manque d’équipements pour les activités », observe-t-il. Un sujet qui pourrait surgir lors de cette campagne des municipales de 2026. Même si pour l’heure, les candidats n’en parlent pas.
Hichima Moissuli