La non-campagne de Laurent Cathala, maire sortant de Créteil, divise

Implanté depuis plus d’un demi-siècle à la mairie de Créteil, Laurent Cathala ne fait pas l’unanimité sur le marché de Mont-Mesly. La longévité du socialiste se fait ressentir, un neuvième mandat serait de trop pour certains Cristoliens.

Affiche de campagne de Laurent Cathala, maire socialiste sortant.

“Vous voulez que je vous parle de Cathala ? (rires) Je crois qu’on n’a même plus besoin de le présenter ! J’ai 65 ans et quand j’ai emménagé ici c’était déjà lui, c’est pour vous dire !” sourit Joselyne en choisissant ses légumes, sur le marché de Mont-Mesly. Pour cette habitante qui n’a connu que cette figure politique de Créteil, il est grand temps de changer. « Après plus de 50 ans de mandat c’est évident qu’un certain clientélisme se met en place… Il favorise toujours les gens qu’il aime bien, et qui votent pour lui surtout ! C’est un homme qui a l’air sympathique mais en réalité je crois qu’il ne nous écoute plus vraiment”, assure Jocelyne qui a toujours vécu ici.

Quelques stands plus loin, Arnaud critique la campagne du maire socialiste. “Déjà c’est problématique qu’il ne fasse pas comme les autres, eux ils vont à la rencontre des gens, sur le terrain pour faire campagne, constate le quadragénaire. Moi, avec mes voisins et les gens de mon quartier, on veut plus de sécurité. Et Cathala, lui, il s’en fout. Il ne veut pas mettre de caméra ni installer une police municipale armée”, fait-il savoir.

Ici, Laurent Cathala fait partie des meubles : il est le maire socialiste de Créteil depuis… 1977 ! Au terme de son huitième mandat, il a dévoilé sa candidature dans une lettre adressée aux habitants de Créteil. Il y annonce qu’il sollicitera « une dernière fois » leur confiance. Les votants sont peu nombreux (environ 10.000 électeurs en 2020 sur 93.000 habitants) mais ne lui ont jamais fait défaut. Avec 48 ans de mandat, en débuter un neuvième ferait de lui le maire avec la plus longue ancienneté de France.

Adossé à la façade de la boulangerie en face du marché, Maxime ne se soucie même plus des élections. “Franchement, moi la politique ça me passe au-dessus, tout ce que je sais c’est que Cathala a donné du travail à toute ma famille, ma mère travaille à la mairie et ma soeur est agente municipale”, explique-t-il. Le jeune homme ne votera pas en 2026 et il n’est pas le seul. En 2020, le taux de participation dans la commune n’était que de 22,64 %.

Affiches du candidat La France Insoumise, Abdoulbar Djaffar, au marché de Mont Mesly.

Le socialiste sortant divise à gauche. Un de ses rivaux issu de LFI, contacté par téléphone et cristolien depuis sa naissance, confirme cette tendance. « La plupart des habitants ne sont même pas au courant qu’il y a des élections, se désole Abdoulbar Djaffar. En allant à leur rencontre, on essaie de sensibiliser sur l’importance démocratique des élections municipales ».

Laurent Cathala est le maire qu’il a toujours connu. « Comme tous les enfants de Créteil, j’ai ma photo avec lui et mon Larousse », rit-il. Certaines réalisations sont incontestables : infrastructures pour les jeunes, modernisation de la ville… Mais l’opposant critique la stratégie politique de l’édile : « peu de campagne sur le terrain et une communication qui ne parle plus à tous ». Malgré cette longévité et cette image positive au global, Abdoulbar Djaffar estime que Créteil pourrait faire mieux, avec un maire plus à l’écoute.

À droite, Thierry Hebbrecht, étiquetté LR, et Sylvain Thézard, de l’UDI, misent aussi sur le contact avec les habitants pour faire grossir leur électorat. Mais sans grande chance de succès. La notoriété de l’inamovible semble tellement ancrée qu’il parait indétrônable.

Jade Schnoering