TÉMOIGNAGE – Dans le cadre du plan de rénovation urbaine de la ville, 388 logements locatifs sociaux doivent être détruits d’ici 2030. Julia, qui réside dans l’un d’entre eux à proximité du métro Fort d’Aubervilliers, raconte le sentiment de délaissement en attente de son relogement.

Vu du ciel, le bâtiment ressemble à une grande crosse de hockey. De l’immeuble qui s’étend du 25 au 35 allée Gabriel Rabot, il ne restera plus rien d’ici 2029. 190 logements sociaux vont être détruits. Julia habite la partie nord de la barre, en face de la rotonde commerciale et à deux pas de l’arrêt Fort d’Aubervilliers, qui rattache la ville à Paris grâce à la ligne 7, et bientôt la 15. Elle loge chez ses parents, avec son frère.
« On nous a annoncé qu’on allait être relogés en 2026 ou 2027, mais on n’a pas plus d’informations. Ça reste flou », témoigne la jeune femme de 26 ans en affichant une mine perplexe. Où sera-t-elle relogée ? « Aubervilliers, Drancy, La Courneuve… Des villes ont été évoquées, mais on ne sait pas encore exactement ». Une incertitude préoccupante car ces derniers temps, les conditions de vie se dégradent. Et l’Office public de l’habitat (OPH), bailleur en charge du logement, ne s’attaque pas au fond des problèmes.
Poissons d’argent et plomberie à l’agonie

Les murs décrépis et la peinture émailliée reflètent l’usure du bâtiment. Depuis deux ans, Julia subit impuissante l’insalubrité de son appartement. Tout l’immeuble est concerné. « On a eu des punaises de lit, des rats, des cafards, même des poissons d’argent (insectes qui pullulent dans les milieux humides et chauds) ». Des nuisibles qui réapparaissent chaque fois qu’ils s’en débarrassent.
Si la jeune femme reconnait que l’OPH déplace des équipes à leur demande, elle le sentiment qu’il ne traite pas ces problèmes à la racine. « Ça fait deux ans qu’on a l’impression que l’entretien n’est que superficiel ». Côté installations, ce n’est pas mieux. Elle raconte la plomberie à deux doigts de rendre l’âme, occasionnant des toilettes et des éviers bouchés. Il faut se battre avec le ballon pour tirer de l’eau chaude du robinet, et quand il commence à faire froid… « Le chauffage ne marche jamais. C’est embêtant, c’est pile quand on en a besoin l’hiver ». Cette dégradation, elle la constate au quotidien… à peu près depuis l’annonce de la démolition de l’immeuble. Contacté pour savoir si l’entretien du bâtiment est négligé depuis que sa destruction est prévue, l’OPH n’a pas répondu à nos sollicitations.
Démolir sans rénover
Cet immeuble, ses parents y habitent depuis plus de vingt ans. « Avant l’euro », se souvient-elle de la bouche de son père Dominique. Sur le palier de l’immeuble, sa mère Sybila descend pour faire ses courses, chariot à la main. D’ici, elle aperçoit le Franprix qui fait l’angle, auquel elle se rend chaque semaine. Elle déplore de devoir quitter son appartement. « On a vécu ici toute notre vie, le quartier est agréable et surtout bien desservi avec le métro à côté », regrette-t-elle. Un souhait qui résonne avec la proposition du candidat LFI Guillaume Lescaut, qui promet de faire primer la rénovation sur la destruction de logements sociaux.
Plutôt que de quitter son immeuble, elle préfèrerait que de vrais travaux de rénovation soient menés, pour rendre son confort à l’habitat. Surtout que ces dernières années, leur loyer a connu des augmentations successives, alors même que les conditions d’habitation empiraient. En 2026, les loyers devraient rester identiques : le gel a été voté pour tous les logements dépendants de l’OPH. Mais malgré des services qui laissent à désirer, les factures de gaz et d’électricité elles, grimpent toujours un peu plus.
Julia ne sait pas si elle emménagera avec ses parents lorsque le relogement se précisera. « Ce sera peut-être pour moi le moment de quitter le domicile familial ». Avec l’angoisse de voir ses parents déplacés loin du quartier qui les a vus construire toute leur vie de famille.
Maël Lapeyre