À Villeneuve-Saint-Georges, le fléau des commerces vacants

Plus d’un local commercial sur cinq est aujourd’hui vacant selon l’Insee à Villeneuve-Saint-Georges. Pour les commerçants, les fermetures ordonnées par la ville pour raisons sanitaires sont l’une des explications. La municipalité défend, elle, la protection des consommateurs avant tout.

Rue de Paris à Villeneuve-Saint-Georges : ce restaurant a fermé ses portes et son local doit être démoli, comme l’indique le panneau affiché sur la vitrine. © Manon Goigoux

Rue de Paris, principale artère commerçante de Villeneuve-Saint-Georges, les rideaux métalliques restent baissés. Un salon de coiffure. Une épicerie. Une boutique de téléphonie. Puis des vitrines vides, stores gris tirés. Même pour un lundi matin, la succession de commerces clos s’étire bien au-delà de l’ordinaire. Certains le sont même définitivement : avis de fermeture administrative pour non-conformité sanitaire collés sur les portes, permis de démolir affichés sur les vitrines. D’autres peut-être provisoirement, impossible à dire. 

Les habitants s’adaptent, mais la frustration est palpable. Fanny, 42 ans, constate : « Il n’y a pas assez de commerces ici. Il manque des grandes surfaces, des hypermarchés. » Pour ses achats, elle se rend jusqu’à Évry-Courcouronnes en prenant le RER D. « C’est direct, mais c’est quand même embêtant de prendre un transport pour faire ses courses », ajoute-t-elle. À quelques pas, le Franprix est le seul supermarché de la ville, tandis que le reste de l’offre repose sur des petites épiceries de quartier.

« Maintenant, tout le monde est à mi-temps »

Sur les 400 locaux commerciaux existants à Villeneuve-Saint-Georges, plus d’un cinquième est vacant, selon l’Insee. Dans cette commune, la plus pauvre du Val-de-Marne, le faible pouvoir d’achat des habitants se répercute directement sur la consommation dans les commerces.

Pour les commerçants, cette situation impose des ajustements drastiques. Sammy, 37 ans, propriétaire du magasin de téléphonie Phoneo, a dû réduire la voilure : « On a baissé les effectifs. Avant, on n’employait que des gens à plein temps, maintenant tout le monde est à mi-temps. »

La stratégie controversée de la municipalité 

Si le faible pouvoir d’achat des habitants limite l’activité commerciale, certaines fermetures récentes s’expliquent aussi par la stratégie de la mairie. Depuis le début de son mandat, Kristell Niasme, maire LR depuis les municipales partielles de février 2025, s’est appliquée à intensifier les contrôles sanitaires dans les restaurants et commerces alimentaires. Elle a également mis en place un « label hygiène ». Le restaurant Labo Burgers, premier établissement labellisé en septembre, a été reconnu par les services de la ville pour la traçabilité de ses produits, le suivi des températures et la rigueur de ses procédures de nettoyage et d’entretien. Ces contrôles sanitaires sont largement mis en avant sur les réseaux sociaux de la ville, qui recensent une dizaine de commerces alimentaires fermés pour non-conformité au cours du dernier trimestre 2025.

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Une stratégie qui fait grincer des dents. Joël Cappella, président de l’Union des Commerçants et des Artisans villeneuvois, ne mâche pas ses mots : « Je ne suis pas contre les contrôles, au contraire. Mais ils sont capables de le faire sans qu’on humilie les commerçants avec des photos sur les réseaux sociaux. » L’homme, qui s’était présenté sur la liste UDI en 2020 sans être élu, dénonce des « méthodes brutales ». « Ce que je leur reproche, c’est de beaucoup réprimer et de ne pas accompagner », assène-t-il. La ville, de son côté, justifie ces campagnes d’inspection par des raisons de santé publique et de sécurité des habitants.

Depuis un an, les relations entre le président de l’association des commerçants et la maire se sont tendues, notamment sur l’octroi de subventions. Il explique que, selon lui, la vision de Kristell Niasme ne correspond pas à la réalité de Villeneuve-Saint-Georges : « Elle voudrait tout fermer, faire de belles enseignes. Mais ici, ce n’est pas du Chanel. On a besoin de commerces pour se nourrir et de services simples au quotidien. » 

Sammy partage cette analyse. « La mairie nous met des bâtons dans les roues, ils veulent qu’on refasse les devantures et les pubs sur nos enseignes, mais ils ne nous aident pas du tout », dénonce le commerçant. Ces objectifs municipaux peuvent toutefois s’expliquer par le programme présenté en février 2025 par Kristell Niasme, qui visait à rendre les commerces de la ville plus attractifs pour assurer leur maintien. Le projet prévoyait notamment un dispositif permettant à la ville de racheter certains locaux de la rue de Paris pour les proposer ensuite à prix réduits, renouvelant ainsi l’offre commerciale. À ce stade, cette mesure n’a fait l’objet que d’une annonce.

À trois mois des municipales, la gestion du commerce local cristallise les tensions. Comme plusieurs habitants rencontrés, Ali, 54 ans, affirme que le soutien aux commerces sera déterminant dans son vote. Sollicitée à plusieurs reprises, la mairie de Villeneuve-Saint-Georges n’a pas souhaité répondre à nos questions.

Manon Goigoux