Nanterre : après la mort de Nahel, le débat sur l’armement de la police municipale fait débat à Pablo-Picasso

Deux ans après la mort de Nahel Merzouk à Nanterre sous le coup d’un tir d’un policier, le débat sur l’armement de la police municipale agite les élections municipales dans le quartier Pablo-Picasso.

Au quartier Pablo-Picasso à Nanterre, des tags en hommage à Nahel Merzouk. ©LilaKhodja

Tags sur les palissades de chantier et les blocs de béton inscrit « Justice et vérité pour Nahel » . Tous les jours, les habitants de la cité Pablo-Picasso à Nanterre passent devant ces façades encore imprégnées par l’émotion. Il y a deux ans, Nahel Merzouk 17 ans avait été tué par une balle tirée à bout portant par le policier Florian M. qui contrôlait son véhicule.

Le 3 juin 2025, deux juges d’instruction en charge du dossier avaient ordonné le renvoi du fonctionnaire mis en cause devant la cour d’assises pour meurtre. Le policier, qui conteste ce renvoi, maintient que son tir était légitime, expliquant s’être senti en danger. La cour d’appel de Versailles a annoncé dans un communiqué que Florian M. connaîtra son sort le jeudi 5 mars 2026, soit quelques jours seulement avant le premier tour des élections municipales.

Armer la police municipale

Avec le retentissement de cette affaire, qui a dépassé très largement les frontières de Nanterre, pas étonnant que le sujet de l’armement des policiers municipaux fasse débat dans la campagne des municipales. Et particulièrement dans le quartier Pablo-Picasso, qui s’est embrassé après la mort du jeune homme.

Nanterre, ville de près de 100.000 habitants, dispose de seulement neuf policiers municipaux dépourvus d’armes à feu. Une aberration pour Faysal Meneceur, candidat UDI, qui souhaitent que les policiers soient former à leur usage par des gendarmes. « On ne va pas former des cow-boys », nuance-t-il. Pour Hélène Matouk, candidate Les Républicains aux prochaines municipales, armer la police municipale serait un outil de dissuasion face à la délinquance. « Si je vois quelqu’un armé, je ne m’amuserais pas à faire la guignol devant lui », exprime-t-elle.

La candidate reconnaît une méfiance de la population vis-à-vis de la police et souhaite instaurer du dialogue avec les jeunes de quartier. « J’aimerais organiser des événements sportifs entre policiers et habitants, comme des tournois de football », explique-t-elle. Pierrot habite dans le quartier Picasso et vote à gauche. Pourtant, « même si c’est une proposition de droite, je veux que la municipale soit armée », abonde-t-il. Nicolas Huyghe, tête de liste LFI, s’oppose radicalement à l’armement de la police municipale, et souhaiterait la présence d’agents au plus proche de la population.

La fresque en hommage à Nahel Merzouk dans le quartier Pablo-Picasso à Nanterre. ©LilaKhodja

Une plaie encore ouverte

Cette nécessité d’ouvrir un dialogue avec les jeunes du quartier, c’est ce que font les mères du quartier. Au moment des émeutes, Tacko avait demandé à ses quatre enfants de ne pas sortir de la maison. « J’avais peur de la violence des jeunes du quartier » confie-t-elle encore émue.

Cette habitante de Pablo-Picasso depuis toujours souhaite quitter ce quartier « le plus tôt possible pour sa famille », en raison de ce climat de violence. Monia Zayet médiatrice sociale pour l’association Le Théâtre par le bas, s’est engagée pour pacifier les rapports entre les jeunes et la police. Elle raconte avoir eu des discussions avec ses enfants, du même âge que Nahel à l’époque. « Brûler des voitures n’empêchera pas les violences policières », leur avait-elle expliqué affligée.

Monia Zayet a fait le choix de l’implication associative pour pallier les problèmes de son quartier. Lorsque nous l’interrogeons sur les programmes des candidats à la mairie de Nanterre, elle confie ne pas encore savoir pour qui voter. Concernant la politique sécuritaire de la ville, la médiatrice critique un possible armement de la police municipale. « Après ce qu’il s’est passé avec Nahel, armer la police renforcerait la peur des jeunes vis-à-vis de la police » dit-elle avec conviction. 

Lila Khodja