Candidat de La France Insoumise pour les municipales de 2026 à Créteil, Abdoulbar Djaffar mène une campagne au plus près des habitants. Le Cristolien de 28 ans souhaite incarner un nouveau souffle pour la ville face à un maire en poste depuis près de cinquante ans.

Abdoulbar Djaffar devant la mairie de Créteil © Hichima Moissuli
« Beaucoup de mes proches m’ont dit qu’il fallait que j’y aille. Il y a eu beaucoup de doutes, mais aujourd’hui je suis sûr, déterminé et convaincu que je veux devenir le prochain maire de Créteil ». L’idée de se présenter aux municipales a commencé à traverser l’esprit d’Abdoulbar Djaffar (LFI) en septembre 2024. Le jeune homme de 28 ans peut compter sur le soutien sans failles de ses proches. Lorsqu’il annonce sa candidature à sa mère il y a quelques semaines, c’est au marché, entre deux distributions de tracts : « J’ai vu la fierté dans ses yeux. Ça met une pression, mais une pression positive ».
La tête de liste La France Insoumise (LFI) pour les municipales de 2026 à Créteil est un enfant de la ville : « J’ai passé toute mon enfance à Créteil », raconte celui qui se décrit comme un « gamin agité ». Un bon élève à l’école mais parfois bavard en classe.
S’il a quitté Créteil pour ses études – classe préparatoire à Vincennes, Sciences Po Lille puis Dauphine – quelque chose l’y ramène toujours. « Croiser des têtes avec lesquelles j’ai grandi m’aide à tenir, à garder les pieds sur terre et à me rappeler pourquoi je me suis engagé ». Une fidélité aux habitants qu’il revendique comme étant la force de la ville. « Ici, c’est chez moi, mon havre de paix, là où je me sens le mieux ». Une attache qu’il résume simplement : « Créteil, c’est là dit-il en désignant sa poitrine, c’est dans le cœur ».
Une jeunesse délaissée
Enfant, il se souvient devoir escalader les grilles des écoles Mendès-France ou Gaston-Defferre pour jouer au football, faute d’équipement sportif de proximité. Un manque qu’il retrouve encore aujourd’hui dans les discussions avec les jeunes : « Ils me disent qu’ils s’ennuient ».
Brittany toque à la vitre du café situé à deux pas de la mairie. Cette habitante de Créteil reconnaît Abdoulbar Djaffar installé près d’une fenêtre. La semaine précédente, ils se sont croisés lors d’un tractage. Elle aussi déplore un manque d’initiatives pour les jeunes et promet d’être présente à sa réunion publique du mercredi 17 décembre. Avant de partir, elle ne manque pas de sortir son téléphone pour filmer le candidat et promet de poster la vidéo sur Snapchat. « Il a déjà un fan-club : je l’ai vu passer dans toutes les stories ! » s’amuse-t-elle.
Le projet d’Abdoulbar Djaffar ? « Remettre la ville en mouvement et lui apporter un nouveau souffle, mais sans renier son histoire. Créteil a besoin de retrouver une nouvelle incarnation. On doit prouver que la mairie est utile, juste, et qu’elle est au service des habitants », développe-t-il. Permanences mobiles, médiateurs, présence dans l’espace public : le candidat défend une politique de proximité. Il évoque aussi la lutte contre le mal-logement et la volonté de recréer du lien par le sport, la culture et des dispositifs de médiation.
« Souvent, les gens nous remercient parce que, d’habitude, on ne leur demande jamais leur avis », poursuit le candidat LFI. Celui qui ne jure que par le terrain assume vouloir s’adresser à des publics éloignés de la politique, conscient d’une faible participation aux élections locales. Aux municipales de 2020, le taux d’abstention au second tour dépasse les 77%. « En réalité, il y a aussi un désintérêt des politiques pour ces publics, tranche-t-il. L’enjeu est de faire en sorte qu’un maximum de personnes participe à cette élection ».
“J’ai toujours voté Cathala, mais toi on t’a vu grandir”
Sa campagne n’a pourtant rien d’un long fleuve tranquille. À l’annonce de sa candidature, il subit une vague de messages racistes sur les réseaux sociaux. « C’est très violent. J’ai mis mes notifications en pause et je me suis concentré sur le terrain ». Il annonce qu’il portera plainte et s’estime heureux de pouvoir compter sur l’appui de son parti : « J’ai reçu beaucoup de haine, mais aussi énormément d’amour ». Ses opposants, comme le candidat Sylvain Thézard (UDI) et le maire sortant Laurent Cathala (PS), lui ont adressé des messages de soutien.
Face à lui, il va avoir la lourde tâche d’affronter le maire socialiste, en poste depuis 1977. « Des gens lui doivent un logement, un emploi … On a tous un souvenir avec Cathala », se remémore-t-il avant de sortir son téléphone et de montrer une photo de lui, au collège, aux côtés du maire qui lui remet un dictionnaire.
« Beaucoup de gens me disent : “J’ai toujours voté Cathala, mais toi, on t’a vu grandir, donc on te fait confiance” ». Le candidat ne part pas défaitiste, bien au contraire : « Je n’y vais pas pour faire de la figuration ». Il cite les scores de Jean-Luc Mélenchon en 2022 à Créteil, 40% au premier tour, ou encore l’élection de Clémence Guetté au premier tour des législatives de 2024 avec 54% des voix. « La France insoumise est très implantée à Créteil. C’est une alternative crédible. Pour moi, ce n’est pas perdu d’avance : le terrain et les chiffres le prouvent ».
À quelques mois des municipales, Abdoulbar Djaffar veut incarner plus qu’un programme. « J’ai envie que les gens retiennent qu’il y a une nouvelle génération pour dire que Créteil peut faire mieux. Et qu’elle mérite mieux ».
Hichima Moissuli