Ce dimanche, le club de Scrabble de L’Haÿ-les-Roses a accueilli l’un des tournois les plus relevés d’Île-de-France. Champions internationaux, joueurs venus de toute la région et habitants l’haÿssiens : un rendez-vous qui attire des passionnés de toute l’Île-de-France, et qui illustre l’attractivité locale, à l’heure où la vie associative s’invitent dans le débat des municipales.

Le tournoi a réuni une quarantaine de joueurs. En France, la « famille du Scrabble » compte près de 15 000 licenciés, dont 775 en Île-de-France. © Aïcha Benchikar
Il est à peine 9 heures, ce dimanche d’hiver, quand les premières lettres claquent sur les plateaux du Moulin de la Bièvre, centre municipal dédié à la culture et à la vie associative. Dans la grande salle du premier étage, un silence de plomb s’installe, seulement troublé par des chuchotements et le bruit sec des tuiles qu’on aligne. Les jambes tremblent parfois, le stress est palpable. Ici, on ne joue pas pour passer le temps. Le tournoi de Scrabble classique organisé à L’Haÿ-les-Roses s’est imposé comme un rendez-vous associatif rare, que plusieurs communes voisines n’ont pas su, ou pu, faire émerger. Un événement dont l’audience dépasse désormais largement les limites de la commune.
Sur la quarantaine de joueurs présents ce dimanche, plus de la moitié viennent de communes voisines : Cachan, Bourg-la-Reine, Antony (Hauts-de-Seine), Saint-Maurice. « C’est le tournoi mineur (sans enjeu) d’Île-de-France le plus relevé en termes de niveau », confirme Olivier, président de la commission de Scrabble classique à la Fédération internationale, fièrement licencié au club de L’Haÿ mais habitant à Saint-Maurice. « Il y a ici des joueurs habitués aux compétitions internationales. C’est très rare dans le Val-de-Marne. »
Soutien municipal, clé de la réussite
Et si le club affiche un tel niveau d’attractivité, c’est aussi grâce à une politique municipale favorable : « On ne paye pas la salle, et quand on achète du matériel, et de qualité, la mairie nous rembourse facilement, c’est agréable que ce soit aussi fluide », félicite le président du club. Un soutien aux associations réaffirmé lors du conseil municipal de septembre 2025, consacré au débat d’orientations budgétaires 2026. Le maire (Divers Droite) Clément Decrouy y a défendu le maintien des subventions afin de « préserver les moyens d’action du tissu associatif local ». Dans la salle, certains racontent aussi une attention plus discrète. « Il est passé sans prévenir, sans communication, juste pour voir. On l’a su plus tard et ça nous a fait plaisir », glisse un scrabbleur, sourire aux lèvres.
La Ville prévoit de reconduire à l’identique les subventions aux associations, pour un montant de 659.598 euros par an, dont 10.000 euros dédiés aux appels à projets associatifs. Un niveau de soutien suivi de près par l’opposition qui, au travers de Sophian Moualhi, appelle à une vigilance sur la priorisation des dépenses municipales.
Rayonnante vitrine associative
Ce dimanche de 9 heures à 19 heures, huit rondes s’enchaînent, entrecoupées de courtes pauses. Le niveau est élevé, très élevé. Parmi les participants figure Pascal Astresses, vice-champion du monde en 2008 à Dakar et aujourd’hui chargé de la communication du club. Jérôme Viallate, autre figure incontournable, est membre du comité de L’Officiel du Scrabble, le dictionnaire de référence. Dans la salle, il se balade, en serrant contre lui une fiche de travail recensant les mots autorisés, leur définition et leur valeur en points.

Jérôme Viallate, membre du comité de L’Officiel du Scrabble, et sa fiche de travail recensant les mots autorisés et leur valeur en points. © Aïcha Benchikar
À la tête du club depuis sept ans, Jean-Pierre Scaton, 70 ans, observe cette attractivité avec une certaine fierté. « Sur 70 à 80 adhérents, à peine 25 habitent L’Haÿ-les-Roses. Les autres viennent souvent de loin », confirme-t-il. Chaque semaine, une trentaine de joueurs se retrouvent, majoritairement des seniors. « Sinon, je resterais chez moi», confie l’un d’eux. « Ici, on joue, on discute. À L’Haÿ-les-Roses et dans ses alentours, il n’y a pas tant d’occasions que ça de se retrouver quand on a notre âge. »

Même s’ils existent dans le langage courant, les mots racistes ou homophobes sont proscrits en compétition, au grand dam de certains joueurs en quête de gros scores. © Aïcha Benchikar
En fin de journée, lorsque les dernières lettres sont rangées et que les joueurs quittent le Moulin de la Bièvre, un constat se dessine : ce club d’élite est devenu un point d’attraction local et un rendez-vous régulier pour des joueurs venus de toute l’Île-de-France. Le prochain grand rendez-vous est déjà fixé aux 30 et 31 mai, lors du championnat de France 2026. Or en mars prochain, avant le tournoi, les L’Haÿssiens auront, eux aussi, joué leur propre coup dans les urnes.
Aïcha Benchikar