Pour les municipales de 2026, le Villeneuvois brigue la mairie en se revendiquant sans étiquette face aux candidats issus des grandes formations politiques. Lors du scrutin partiel organisé début 2025, il avait été relégué en deuxième position sur la liste LFI, finalement conduite par le médiatique Louis Boyard.

le 24 novembre dernier. © Facebook/Mamadou Traoré
L’actuel candidat à la mairie de Villeneuve-Saint-Georges n’avait jamais mis les pieds en politique avant 2020. À l’époque, Mamadou Traoré était éducateur spécialisé et avait fondé l’association de quartier Soutien et Savoir pour Tous. C’est Thierry Veca, alors candidat soutenu par LFI, qui l’avait approché pour rejoindre sa liste municipale. « À ce moment-là, je ne connaissais rien à la politique, j’étais complètement candide. J’ai compris qu’il y avait une vraie nécessité de se former, d’élaborer une réflexion politique pour pouvoir revendiquer et porter une voix », raconte-t-il.
L’élu d’opposition au conseil municipal a grandi dans le quartier du Plateau, anciennement Bois-Matar, un quartier cosmopolite de Villeneuve-Saint-Georges. Il ne décroche pas le brevet, choisit un BEP puis un bac pro électrotechnique, quitte l’école et enchaîne les petits boulots : assistant d’éducation, facteur, livreur de pizzas. En parallèle, il entraîne les jeunes du Plateau au foot. À 36 ans, il reprend les études. Master en gestion sociale et solidaire. « C’était une revanche personnelle sur mon parcours scolaire : rattraper ce que je n’avais pas fait et avoir enfin l’expérience de la fac. »
Mohammed Ben Yakhlef, conseiller municipal et ami, décrit le parcours de Mamadou Traoré comme un parcours social remarquable. « Il a réussi à gravir tous les échelons en étant complètement autodidacte dans plusieurs domaines, ici en l’occurrence en politique. C’est un parcours qui donne envie de le suivre. » admire-t-il.
Le choc des partielles 2025
Les municipales partielles de 2025 changent tout. Pressenti pour mener la liste LFI, le Villeneuvois est finalement relégué derrière Louis Boyard, député très médiatisé. La campagne locale bascule rapidement à l’échelle nationale, et les candidats subissent des attaques virulentes. Le média identitaire Frontières cible à plusieurs reprises la liste de gauche. Sur CNews, on énumère à l’antenne les noms d’origines africaines ou maghrébines parmi les colistiers.
Mohammed Ben Yakhlef est la cible de critiques portant sur certaines de ses anciennes publications sur les réseaux sociaux, que Frontières interprète comme « pro-Hamas ». « J’ai été mis dans l’œil du cyclone, et je l’ai assez mal vécu, c’est pour ça que je ne me représenterai pas en 2026 », confie-t-il. Mamadou Traoré finit par briguer un siège dans l’opposition municipale mais il retiendra la leçon : « Je fais le choix de me présenter sans étiquette. Il est important pour nous d’être maîtres de notre destin. »
En mars 2025, l’élu d’opposition quitte le groupe La France insoumise au conseil municipal et fonde « Dignité et Solidarité », une formation de cinq élus. Candidat déclaré depuis septembre, il travaille à la constitution d’une liste pour 2026. Des accords sont conclus avec le PC et le PS, tandis que les discussions continuent avec les écologistes et le Parti radical de gauche.
Porter la voix des « sans voix »
Mamadou Traoré veut éviter de reproduire le scénario de 2025, où la campagne avait été pilotée depuis Paris avec des stratégies nationales. Pour 2026, il construit une alternative ancrée à Villeneuve-Saint-Georges. Ses priorités : soutenir les 18‑25 ans dans une ville où le bassin d’emploi est « dévasté », améliorer le niveau scolaire et renforcer le suivi psychologique et sanitaire. « C’est à cet âge-là que l’on construit son avenir », souligne le candidat, qui parle d’expérience.
Face aux machines des partis nationaux et leurs bataillons de militants, Mamadou Traoré avance un autre argument : l’enracinement local. « Je suis un enfant de Villeneuve, j’y ai grandi et j’y ai mes attaches. Ma différence, c’est que je suis un acteur de terrain, ancré sur ce territoire depuis longtemps », insiste-t-il, revendiquant aussi de « porter la voix des “sans voix” ». Un positionnement assumé pour cet enfant du Plateau, qui n’a jamais quitté sa ville. Il sait que cela ne suffira pas forcément. Mais il sait aussi qu’en 2025, personne ne l’attendait. Et qu’en 2026, il ne sera plus le candide de 2020.
Manon Goigoux