À Saint-Denis, le maire socialiste Mathieu Hanotin affrontera en mars 2026 une alliance de gauche réunissant La France insoumise, le Parti communiste et le collectif Seine-Saint-Denis au cœur, scellée le 3 décembre. À sa tête, Bally Bagayoko, figure locale et opposant de longue date, veut transformer son ancrage dionysien en alternative politique aux prochaines élections municipales.

« Là, on sait qu’on est à Saint-Denis. » Bally Bagayoko ne désigne ni une rue ni un bâtiment précis, mais le marché. Celui où il était vendeur à l’âge de 15 ans. Même transformé par le réaménagement du centre-ville, il reste pour lui un repère fondateur. « Historiquement, c’était la boule économique de la ville. » À travers ce souvenir, il évoque les odeurs, les saveurs, les accents, les tenues. « Les gens venus d’horizons différents. C’est ça, la richesse de Saint-Denis. » Aujourd’hui l’enfant de la ville est la tête de liste d’une union des gauches (La France insoumise, le Parti communiste et le collectif Seine-Saint-Denis au cœur) pour les élections municipales en 2026.
Il a grandi dans les quartiers populaires et y reste très attaché. « On a longtemps été des victimes silencieuses. À force de crier, plus personne n’écoutait. » Il a connu Saint-Denis dans ses pires moments, quand la ville faisait surtout la Une des faits divers. Mais il était aussi présent dans ses plus belles heures, quand elle accueillait les grands événements sportifs : « Le Stade de France est ici, pas à Paris. Les Coupes du monde, les Jeux olympiques et paralympiques, c’étaient ici. » Une fierté assumée pour ce territoire qu’il décrit comme une « communauté de destin », façonnée par ses 140 nationalités et ses multiples trajectoires.
Marié, père de quatre enfants, cadre à la RATP et entraineur de basket Bally Bagayoko vit à 1000 à l’heure. La campagne municipale lui a ajouté encore du rythme : réunions politiques, actions de terrain, porte-à-porte, gestion des réseaux sociaux… Il doit maintenant jongler entre ces missions et son quotidien déjà chargé, sans perdre le fil de sa famille, de son travail et des gymnases qu’il fréquente depuis des années. « On me qualifie souvent d’hyperactif. Mon épouse m’a toujours connu militant », lâche-t-il avec un sourire.
Le sport, chez lui, n’est pas un simple loisir. C’est d’ailleurs par le basket qu’il entre en politique, au début des années 2000. Repéré par Patrick Braouezec, alors maire communiste de Saint-Denis, par l’intermédiaire de Jacques Marceau (le père de Grand Corps Malade qu’il entraînait), il accepte de rejoindre la majorité communiste comme adjoint, sans calcul politique. « Je n’y connaissais rien. Je savais juste que je voulais être utile à ma ville. » Ni encarté ni formé à la politique, il reste fidèle à une certaine idée de la loyauté. « Quand on vient des quartiers populaires, celui qui te tend la main de manière respectueuse, tu ne l’oublies pas. »
Il découvre la politique sur le tas, sans formation. La gestion des finances, la nécessité du dialogue avec les élus, les services et les organisations syndicales sont plus complexes qu’il ne l’imaginait. « C’est une vraie école de la vie. » Il apprend à faire la distinction entre politique et administration. Le premier donne la trajectoire, le second met en œuvre. Comme dans une équipe, chacun a son rôle.
« Bally 2026, ce n’est plus le même. » : l’air de revanche
En 2020, sa trajectoire se brise net. Bally Bagayoko conduit une liste et obtient 18,1 %, arrivant en troisième position. Selon l’accord de La France insoumise, il doit se retirer si sa liste n’est pas dans les deux premières. Une décision difficile, mais qu’il assume. Résultat : son parti perdent la ville et lui se retrouve sans mandat, hors du conseil municipal. « À ce moment-là, tout le monde pensait que ma carrière politique était morte », reconnaît-il.
Lui ne quitte pas la ville pour autant. Il reste présent dans les quartiers, les associations, les gymnases. « On a continué à faire ce qu’on faisait avant : faire du terrain. » Cette traversée sans mandat agit comme un révélateur. « Bally 2026, ce n’est plus le même », assure le candidat. L’expérience a remplacé l’apprentissage, les hésitations ont laissé place à des positions plus assumées. Désormais, plus question de s’effacer systématiquement au nom de l’unité ou de l’intérêt général.

Cinq ans plus tard, le rapport de force a changé. Bally Bagayoko se retrouve à la tête d’une alliance large, construite progressivement. Pour Eric Coquerel, député LFI, son positionnement est clair : « C’était un choix assez évident. C’est l’une des figures de cette gauche de rupture et qui est en adéquation avec le caractère populaire de la ville de Saint-Denis. Il a de l’expérience. Il est né à Saint-Denis, il y a vécu, il est emblématique. »
À La France insoumise, il dit avoir trouvé une manière de faire de la politique plus directe, plus lisible. Le parallèle avec le sport structure toujours son raisonnement. Composer une équipe, gérer les frustrations, expliquer les choix. « On ne met pas une équipe départementale en championnat de France sous prétexte qu’elle est volontaire. » En politique comme sur un parquet, l’exigence reste la même. Yohan Salessalada, membre de la liste de Bally Bagayoko et conseiller municipal LFI, insiste sur ses qualités de meneur : « Clairement, c’est un leader né. Il a une véritable capacité d’attraction et il sait driver une équipe, aussi plurielle soit-elle. Là où pendant 6 ans le maire sortant (Mathieu Hanotin) s’est coupé des aspirations populaires. Bally, lui, mise au contraire sur cette force venue de la base. »
À un an et demi des municipales, Bally Bagayoko avance sans se poser en favori. L’alliance qui le porte ne l’exonère pas de devoir convaincre. « Pour nous, les gens issus des quartiers populaires, on sera toujours challengés. Toujours remis en question », constate-t-il. En 2026, il le sait, rien ne lui sera donné.
Abigaël Urbès