Un an après la fusion, le sentiment d’être gagnant reste fragile à Pierrefitte

Depuis le 1er janvier 2025, la commune nouvelle de Saint-Denis englobe Pierrefitte-sur-Seine. Un an plus tard, cette union ne fait pas l’unanimité. Si la municipalité vante des bénéfices concrets comme la cantine gratuite ou une police renforcée, une partie des 35 000 Pierrefittois dénonce une perte de proximité et de représentation.

La nouvelle commune de Saint-Denis englobe Pierrefitte-sur-Seine depuis le 1er janvier 2025, formant ainsi la deuxième plus grande ville d’Île-de-France. © Roméo Pomes

Aux abords de l’avenue Lénine, les parents se pressent devant l’école Anatole-France à Pierrefitte-sur-Seine. Quelques enfants courent hors de l’établissement, cartables bringuebalants, pour la pause méridienne de ce mardi 16 décembre. C’est ici, dans cette ville de 35 000 habitants englobée depuis un an par la commune nouvelle de Saint-Denis, que les effets de la fusion se font le plus sentir. Avec près de 150 000 habitants au total, cet ensemble administratif est devenu la deuxième plus grande ville d’Île-de-France.

Nejma, 34 ans et habitante de Pierrefitte depuis 8 ans, attend ses deux enfants. Pour cette mère au foyer, la « mesure phare » de la fusion (la cantine gratuite) n’est pas si enchanteresse. « Mon fils n’y va pas, on mange à la maison. C’est gratuit mais il y a des pénalités si on n’annule pas la réservation. En plus, sa petite sœur n’en bénéficie pas encore, donc je viens chercher les deux, c’est plus simple », confie-t-elle. En effet, à Pierrefitte, la mesure n’est actuellement accessible que du CE2 au CM2.

Sophie, vendeuse de 39 ans, se montre plus enthousiaste en attendant son fils : « Il mange tous les jours à la cantine, sauf quand je suis en télétravail. Une cantine gratuite, je ne vais pas dire non ». Si la mesure aide les familles, la mairie n’a pas préciser son coût réel pour la ville.

Un gain pour les parents qui reste, selon les opposants, le fruit d’une union « imposée ». Le Collectif Stop Fusion, qui a mené la bataille juridique contre la municipalité, dénonce un « déni démocratique ». « La fusion est légale, mais elle n’a pas été acceptée » martèle un membre du collectif, qui préfère rester anonyme.

1 policier pour 1000 habitants 

Cette mutualisation des moyens se cristallise sur la sécurité, désormais gérée à l’échelle de la commune nouvelle. Avant la fusion, Pierrefitte ne comptait qu’une vingtaine d’agents. Aujourd’hui, la municipalité de Saint-Denis dispose de 145 policiers municipaux, soit près d’un agent pour 1 000 habitants, joignables via le numéro d’urgence unique, le 3055.

Ryan, un jeune habitant naît à Pierrefitte, se montre neutre : « Ils passent souvent. Après, je ne les vois pas vraiment intervenir, donc ça ne me pose pas de problème particulier ». Si la municipalité dirigée par Mathieu Hanotin (PS) vante un sentiment de « sécurité renforcé », l’opposition dénonce une dérive. Pour Farid Aïd (PCF), conseiller municipal de Pierrefitte, cette police s’apparente à une logique de « cow-boys privilégiant les amendes à la médiation de quartier ».

« Notre identité se dilue »

Le malaise s’étend aux couloirs de la mairie. L’intersyndicale 93 (CGT, FSU, SUD) s’était opposée à une union faite « sans concertation ». Les opposants craignaient un « plan social déguisé » avec la mutualisation des services, comme la fermeture du centre technique municipal de Pierrefitte. La Mairie, elle, oppose un démenti formel : « Tous les agents restent nécessaires. Il n’y a eu aucun licenciement ». La municipalité souligne même que les agents pierrefittois ont vu leur « salaire revalorisé de 200 euros, pour s’aligner sur les grilles de Saint-Denis ».

Mais au-delà des assurances données par la municipalité, le ressenti est tout autre chez les habitants. Mathilde, qui a fait toute sa vie dans le centre-ville, a l’impression que Pierrefitte devient une simple “annexe” de son grand voisin : « On a perdu notre maire, notre identité se dilue ». Un délaissement citoyen que Farid Aïd résume par un chiffre : « On est 35 000 habitants, mais on n’a que cinq réunions de quartier par an avec trente personnes maximum à chacune. Le problème, c’est qu’il n’y a que de l’information, pas de débat ».

Face à ce sentiment de dépossession, la municipalité de Saint-Denis mise sur l’argument financier. « La création de la commune nouvelle a débloqué une dotation de l’État » de 2,7 millions d’euros permettant, entre autre, de « résorber les dettes de Pierrefitte » et de financer des chantiers comme la rénovation de l’école Anatole-France chiffrée à 9,6 millions d’euros. Une justification jugée insuffisante par Farid Aïd. L’élu d’opposition invite à relativiser cette somme face à la « baisse de 4 millions d’euros du budget pour 2026 », qui devra être voté avant le 15 avril prochain.

Roméo Pomes