À gauche, le candidat aux municipales 2026 à L’Haÿ-les-Roses s’appelle Sophian Moualhi. Enfant de la ville, diplômé d’HEC Paris, engagé pour l’éducation et la jeunesse, il tentera de reprendre la ville aux mains des Républicains depuis 2014.

Sophian Moualhi n’est pas maire de L’Haÿ-les-Roses mais il en rêve. À 33 ans seulement, le jeune homme, originaire de la commune, espère mobiliser une ville « sectionnée” et “endormie” derrière un rêve commun : celui de ramener du lien. Il se dit être un « candidat de proposition » et non un « candidat de l’opposition« . Pourtant, l’élu au conseil municipal reconnaîtra que sur certains sujets, notamment l’urbanisme, « c’est [sa] casquette d’opposant qui reprend la main”.
Costard bleu marine, chaussettes au motif de vélo et un immense sourire plaqué sur le visage, le candidat divers gauche nous donne rendez-vous aux Halles des saveurs, principal projet de l’ex-maire Vincent Jeanbrun (LR), aujourd’hui ministre.
“Ce lieu est symbolique. Le marché est un lieu qui doit réunir l’ensemble des habitants, les riches comme les moins riches. Je ne pensais pas de prime abord dire que le marché est un sujet politique de gauche. » Il compte bien transformer cet échec économique – moins de 300 clients par semaine pour des prix exorbitants – en un lieu de convivialité et de loisirs. En un mot : « redynamiser la ville ».
Il retrouvait ses amis en bas des tours du Jardin parisien
À quelques mètres de là, se trouve le quartier du Jardin parisien, situé dans l’est populaire de L’Haÿ. C’est au cœur de ces tours beiges qu’il a grandi, alternant entre le terrain de foot et la bibliothèque d’en face. Il y a appris à faire du vélo entre deux parties de pingpong, s’est cassé une dent sur la balançoire… Une chance selon lui. “Petit, j’étais presque triste pour les enfants qui vivaient en pavillons. Comment faisaient-ils le week-end ? Ici, il suffisait de descendre pour retrouver ses amis.”
Il désigne la fenêtre de l’appartement de sa mère : “Vous l’avez sûrement croisée, elle est plus connue que moi à L’Haÿ !” Arrivée de Tunisie et femme de ménage, elle élève seule ses deux enfants, dans un but « faire passer la réussite des siens avant tout.”
En témoigne le diplôme d’HEC Paris obtenu en 2015 pour Sophian Moualhi. Un parcours qui lui aurait échappé sans la mère d’un ami qui l’emmène aux portes ouvertes d’une classe préparatoire aux grandes écoles de Paris en terminale. “Ce jour-là, j’ai découvert ce que je voulais faire mais surtout que tu peux passer à côté de ton destin juste parce que tu n’as pas les codes.” Après un court passage à l’Éducation Nationale, l’ancien professeur de collège se lance dans l’immobilier.
30% des voix aux municipales de 2020
Pour autant, il ne perd pas la jeunesse de vue. Assurer l’accès à l’éducation et l’insertion professionnelle : voici son sujet de cœur. Quel a été le déclic de son engagement politique ? “En 2015, je suis interpellé dans la rue au sujet des attaques de Vincent Jeanbrun sur le programme de réussite éducative. Et j’ai décidé d’agir.” Il prend alors sa carte au Parti socialiste… avant de la rendre pour se consacrer au local avec le mouvement divers gauche de L’Haÿ-en-Commun.
“Être maire de L’Haÿ-les-Roses serait le plus beau des mandats« , assène-t-il, sans envisager de carrière politique. A contrario de Vincent Jeanbrun, dont il reproche les candidatures aux législatives en 2017, puis en 2022 au détriment de son mandat local.
Mais en mars, il devra s’imposer face au maire actuel, Clément Decrouy (LR), soutenu par le ministre de la Ville et du Logement, un poids lourd désormais. “C’est une motivation supplémentaire !” sourit-il. En témoignent les procès verbaux des conseils municipaux où Sophian Moualhi n’hésite pas à prendre la parole. Interrogé sur le climat politique de la ville, le maire dit regretter parfois « un manque de respect de la part de membres de l’opposition à l’égard de l’institution qu’est le Conseil municipal et de la fonction d’élu. » Des méthodes, selon lui, « importées des parlementaires de La France insoumise. »

Mais pour Sophian Moualhi, il n’est question que d’acharnement : sa philosophie pour gagner repose sur une détermination sans faille. Forcené du travail, il relit les délibérations, dévore les dossiers d’urbanisme, assiste à toutes les actions, notamment les dimanches à 10 heures au marché pour distribuer des tracts… Un dévouement qui a changé la donne d’après Pascal, 71 ans, trésorier du mouvement : “Il a su faire la cohésion de l’équipe, ce qui n’était pas gagné !” En une heure, deux personnes passeront la porte de la permanence du mouvement.
La passion semble commencer à porter ses fruits. Au deuxième tour des départementales de juin 2021, le L’Haÿssien perd de quelques points seulement face à l’union des droites. Alors qu’un an plus tôt, aux municipales, il obtenait 30% des voix, face à Vincent Jeanbrun (55%).
“Aujourd’hui, les gens nous disent Désolé Sophian, en 2020, on ne vous croyait pas.” En six ans, le prétendant à la mairie l’affirme, il a pu travailler ses dossiers, – l’immobilier, l’urbanisme et l’éducation-, gagner en assurance et en renommée : “En mars, quand on va gagner la ville, je sais que dès le lendemain je serai prêt à agir.”
Marinette Barthe