À trois mois des élections municipales, les alliances politiques à Nanterre tentent de se construire. Entre les insoumis et la majorité municipale portée par le maire sortant Raphaël Adam, les discussions autour d’une possible union de la gauche peinent à aboutir. Une alliance surprise des candidats de droite pourrait les conduire à accélérer les échanges.
Au second tour, « ça pourrait être un duel des gauches ». Une possibilité que Nicolas Huyghe, tête de liste de La France insoumise à Nanterre, n’écarte pas. Dans ce bastion communiste depuis près d’un siècle, la course à la mairie se jouera peut-être entre la majorité municipale divers gauche, conduite par le maire sortant Raphaël Adam, et les insoumis. À Nanterre, l’union de la gauche s’avère difficile alors même qu’à droite, les candidats négocient une possible union pour remporter la mairie. Pourtant, lors des élections législatives de 2024, la gauche avait remporté la quatrième circonscription des Hauts-de-Seine grâce à l’union des gauches. À trois mois du scrutin, des discussions en coulisse entre la majorité municipale et les insoumis ont commencé mais se heurtent à des divergences de forme comme de fond.

Bâtir une union sur le fond
Sur la forme, le cadre des échanges constitue déjà un élément bloquant. Raphaël Adam a proposé au candidat insoumis Nicolas Huyghe une rencontre dans son bureau de la mairie de Nanterre. Une réunion que le candidat LFI a déclinée, prétextant que le lieu du rendez-vous n’était pas neutre et engendrait un déséquilibre. Sur le fond, certains sujets comme le logement ne font pas consensus. Rayan Bourhaba, militant LFI, reproche à la majorité municipale de lancer des projets sans concertation avec les habitants, voire contre leur intérêt. Comme par exemple la construction de bureaux au détriment de logements attribués à la population. Pourtant, au cours de son mandat, Raphaël Adam a transformé les anciens locaux de l’entreprise Veolia en 600 logements dédiés aux étudiants et aux jeunes actifs.
Au marché du centre de Nanterre, tracts à la main, les militants divers gauche qui soutiennent la candidature du maire s’interrogent sur une éventuelle alliance des gauches. Certains affirment que des discussions sont en cours lorsque d’autres racontent que « les insoumis ont fermé la porte des négociations ». Pour Nicolas Huyghe, « la proposition de l’union n’a de sens que si on est en accord sur un projet ». Le candidat insoumis compte bien puiser sa légitimité dans les derniers résultats électoraux réalisés par son parti à Nanterre. Lors de l’élection présidentielle de 2022, 47 % des Nanterriens ont voté pour Jean-Luc Mélenchon. « Il faut en finir avec le consensus et être dans la conflictualité », affirme-t-il.
Se maintenir ou s’unir au second tour
En cas de second tour à gauche, la stratégie n’est pas encore claire concernant une éventuelle union. Pour pouvoir se maintenir au second tour, un candidat doit obtenir au moins 10 % des voix. En cas de première place au premier tour, les insoumis assurent qu’ils proposeront une alliance avec la majorité divers gauche. Néanmoins, si le candidat-maire est en tête, Nicolas Huyghe explique qu’il n’est pas certain de se retirer. « Il y a des lignes politiques sur lesquelles on ne va pas céder », affirme-t-il. Un choix politique qui pourrait diviser les voix des électeurs et fragiliser une victoire à gauche. Une question que se pose Catherine, habitante de Nanterre depuis 40 ans et électrice de gauche : « Je ne sais pas si je voterai pour le maire s’il s’allie avec LFI. » Interrogé sur une alliance avec les insoumis, le maire Raphaël Adam n’a pas répondu à nos sollicitations.
En 2023, Raphaël Adam est devenu maire divers gauche de Nanterre après la démission de son prédécesseur Patrick Jarry, maire de la ville depuis dix-neuf ans. Il avait justifié son choix à travers sa volonté de « passer le relais » et de penser à l’avenir de la ville. Un changement de maire auquel les Nanterriens sont habitués. À l’époque, Patrick Jarry avait lui aussi pris ses fonctions à mi-mandat pour remplacer Jacqueline Fraysse en 2004. En mars prochain, Raphaël Adam va alors se confronter pour la première fois au choix des Nanterriens. Pendant les élections municipales de 2020, La France insoumise n’avait investi aucun candidat. Six ans plus tard, remporter une ville de 100.000 habitants serait le moyen de renforcer le parti en vue de l’élection présidentielle de 2027. Une union surprise de la droite à Nanterre pourrait rebattre les cartes de la campagne et inciter les candidats à gauche à jouer la carte de l’union.
Lila Khodja