Municipales à Saint-Ouen : la guerre des gauches est déclarée


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À Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis), la campagne des municipales a pris des allures de duel idéologique. La candidate de La France insoumise, Manon Monmirel, forme une coalition avec plusieurs mouvements d’extrême gauche. Elle conteste frontalement le bilan et la ligne politique du maire sortant socialiste, Karim Bouamrane.

Manon Monmirel (LFI) et Karim Bouamrane (PS), candidats aux élections municipales de Saint-Ouen (Seine-Saint-Denis)

Le ton a été donné dès le lancement de campagne de la liste de La France insoumise. Dans une salle rassemblant majoritairement des trentenaires et quadragénaires, l’ambiance se voulait posée, presque studieuse. Mais le message, lui, était sans ambiguïté : les municipales consistent en une confrontation assumée entre deux orientations politiques que presque tout oppose. Pour les Insoumis, il s’agit de briser l’hégémonie locale du Parti socialiste et de faire de Saint-Ouen un point d’appui dans une recomposition plus large de la gauche.

Au cœur des attaques figure le bilan du maire sortant. Karim Bouamrane est décrit comme le symbole d’une gauche jugée trop conciliante avec le pouvoir en place, plus encline au « compromis mou » qu’à la rupture. L’expression « béquille de Macron » a ainsi été utilisée à outrance lors du lancement de campagne pour désigner le parti à la rose. Une critique qui dépasse le cadre strictement audonien et vise, en creux, l’ensemble du Parti socialiste. En mai 2025, les tensions entre les deux camps avaient amené le maire à déclarer à Éric Coquerel, député LFI élu sur la circonscription de Saint-Ouen : « Si tu viens nous emmerder, on va te défoncer ». Leurs désaccords de fond se cristallisent autour de la question sécuritaire, devenue la ligne de fracture majeure.

LFI et ses alliés dénoncent une orientation qu’ils estiment de plus en plus répressive : renforcement de la police municipale, projet de nouveau commissariat, omniprésence du discours sur l’ordre. À rebours, Manon Monmirel défend une police de proximité, insérée dans la vie locale, qui n’est « pas la réplique de la police nationale ». L’été dernier, Bouamrane a mis en place un couvre-feu pour les moins de 16 ans, largement critiqué par LFI. Manon Monmirel refuse elle de faire de la sécurité l’axe structurant d’un mandat municipal de gauche, sans articulation avec les politiques sociales et éducatives.

L’alliance les Verts – LFI : une anomalie au niveau national

Les alliances conclues avec le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA) et le parti Révolution Écologique pour le Vivant (REV) s’inscrivent dans cette logique de rupture assumée, autour d’un programme commun et d’un refus clair de toute reconduction de l’équipe sortante. La bataille audonienne s’insère ainsi dans une stratégie nationale plus large de La France insoumise. L’objectif est clair : démontrer sa capacité à conquérir et à gouverner des villes importantes sans passer par des accords avec le PS. À Saint-Ouen, cette ambition est revendiquée sans détour. Face au maire sortant, LFI entend opposer un « collectif » et contester l’idée d’un mandat municipal conçu comme un « tremplin pour des ambitions nationales ».

Une bataille politique qui lasse les habitants

Reste un facteur clé mais encore incertain : la position des écologistes. Le retrait récent de Sabrina Decanton, candidate des Verts, a ouvert une période de flottement et de négociations. Des discussions sont en cours avec LFI en vue d’une possible alliance, une hypothèse qui ferait de Saint-Ouen une anomalie dans le paysage national, où les écologistes privilégient majoritairement des accords avec le PS pour les municipales. Si elle se concrétise, cette union pourrait profondément modifier le rapport de forces et faire basculer l’élection.

Cette lecture stratégique ne fait toutefois pas l’unanimité chez les Audoniens. Pour certains habitants, la campagne donne le sentiment que la ville sert de décor à des ambitions qui la dépassent. « On a l’impression que Saint-Ouen est un marchepied pour leur carrière », confie Nadia, 42 ans, vivant dans le quartier des Docks. Même constat pour Philippe, retraité : « Nous on se fiche du parti qui gagne à la fin, on veut simplement d’un maire qui nous écoute, qui est présent ».

Nathan Crinquette