Meeting unitaire LFI-PCF, le cri des oubliés

Mercredi 17 novembre, La France Insoumise et le Parti Communiste Français ont tenu un meeting à la Bourse du travail, à Saint Denis. Le rassemblement acte l’union des deux partis pour les municipales 2026, prônant un programme en rupture avec celui du maire sortant, Mathieu Hanotin. De nombreux dionysiens se sont laissés séduire, se sentant abandonnés par l’édile actuel.

Au meeting LFI-PCF des drapeaux des deux partis sont brandis devant le député LFI, Stéphane Peu. ©Jade Ceni

« C’est mon premier meeting politique », confie Marie-Noël devant la salle du rassemblement. « Je ne serais pas allée à celui d’Hanotin », ajoute-t-elle. Si le meeting du maire sortant ne l’a pas attirée, c’est parce qu’elle en a déjà vu les dégâts dans l’association pour la protection animale dans laquelle elle est engagée : « Il n’a accordé de financements qu’aux grosses structures, nous on doit se débrouiller par nous-même ». Marie-Noël est heureuse d’entendre Bally Bagayoko, tête de liste LFI-PCF pour les municipales 2026, afficher son soutien à la cause animale devant les sympathisants.

Pour la jeunesse

C’est aussi une première pour Isaac, 23 ans, adossé à une rambarde avec ses amis. Le jeune habitant de la Plaine n’est pas encore un convaincu. « Je veux voir ce qu’ils proposent », affirme-t-il. Une thématique claire l’intéresse : la gestion des violences policières. En hiver 2023, Isaac rentrait chez lui, il est passé à côté des émeutes en réaction à la mort de Nahel. Un policier lui a tiré dessus avec un LBD, à bout portant.

« J’ai perdu mon œil là-bas », murmure-t-il en pointant du doigt son cache-œil blanc. Le programme de Mathieu Hanotin, dont la priorité était la hausse des effectifs de police et l’armement de la police municipale, n’aura donc pas convaincu le jeune homme.

Les drapeaux rouge et violet flottent dans la salle et les applaudissements se succèdent. Nadine a fait une pause dans la grande pièce à côté du rassemblement. « Je suis vraiment pas très politique » confie-t-elle. Pourtant, le mandat du maire sortant l’a convaincue qu’un changement était nécessaire, pour la jeunesse. « La première chose qui m’a interpellée c’est la mort des deux jeunes à des sorties de métro », explique la Dionysienne.

Ces drames sur fonds de rixes inter quartiers ont ému toute la ville, Nadine a été déçue par le manque d’engagement du maire sur ces questions. La sexagénaire espérait que l’édile accorderait plus de moyens aux structures et associations pour les jeunes, mais la déception ne s’est pas faite attendre. « Au lieu de redynamiser, il a fermé des antennes jeunesse. Sans dialogue », s’offusque Nadine.

La mutualisation de trois espaces jeunesse durant l’été 2025 a fait polémique dans la ville. Aujourd’hui l’ouverture de l’espace 110, qui aurait dû accueillir les jeunes, a été reportée suite à un incendie criminel. Les centres De Geyter, la Gare et Gabriel Peri sont toujours fermés. Dans son meeting de 2025 pour les municipales, Mathieu Hanotin promet de créer ou de renforcer trois tiers lieux pour la jeunesse de Saint-Denis.

Un épuisement collectif

La foule sort de la salle, où s’entremêlent rires et discussions. Des groupes se forment devant le bâtiment, dans le froid de cette nuit d’hiver. Un groupe d’agents municipaux de l’enfance dresse le bilan du mandat Hanotin. « Depuis 6 ans, on vit quotidiennement du mal-être au travail, du mépris de la part de la direction, et une surcharge de travail, sans moyens matériels », affirme une animatrice expérimentée et fatiguée.

Pour eux l’âge d’or de la jeunesse dionysienne est bien fini. « Avant, on avait un budget pour les enfants handicapés, qu’on gérait nous-mêmes. Maintenant on n’a plus accès à ces ressources. On nous dit que c’est centralisé, mais on n’en voit pas la couleur », explique une collègue emmitouflée dans son écharpe. Le 20 novembre 2025, le syndicat Force Ouvrière envoyait une lettre ouverte interpellant le maire au sujet de la tension « extrême » des services publics. La veille, les agents du service public de Saint-Denis ont mené une grève pour faire valoir leurs droits.

Jade Ceni