À moins de quatre mois des élections municipales, le Plan Local d’Urbanisme intercommunal (PLUi) constitue l’un des sujets majeurs de débat à L’Haÿ-les-Roses. Ce plan, dont l’entrée en vigueur est prévue début janvier, va guider l’aménagement du territoire pour les 15 à 20 prochaines années et suscite de nombreuses oppositions.

Agence immobilière d’appoint à l’Hay-les-Roses, Val-de-Marne, ©Pierre-Malo Albrecht.
L’Haÿ-les-Roses se métamorphose. Et le Plan Local d’Urbanisme intercommunal dont l’entrée en vigueur est prévue début janvier 2026 ne fera qu’amplifier la tendance. Adopté en 2021, débattu puis soumis à différentes enquêtes, le PLUi a été approuvé ce mardi 16 décembre par la structure Grand-Orly Seine Bièvre. Il concerne 24 communes du Val-de-Marne et de l’Essonne comptant près de 730.000 habitants.
Conjugué à la mise en service de la ligne 14 du métro en juin 2024, ce PLUi sera le moteur de la densification du logement à L’Haÿ-les-Roses. Plusieurs projets urbains structurants contribuent à l’augmentation du parc résidentiel. La municipalité affiche l’objectif de construire 5.000 nouveaux logements d’ici à 2040. Ils s’ajouteront aux 14.000 autres déjà existants au sein de la ville.
Urbanisme et politique font la paire
En pleine campagne électorale, ce sujet est éminemment politique pour Denis Hochstetter, farouche opposant communiste au maire actuel Clément Decrouy et président de l’association Atelier Local d’Urbanisme et de Développement de L’Haÿ-les-Roses (ALUDHAY). La ville est « le lieu par excellence de la lutte des classes où habitent tous les travailleurs », estime cet architecte-urbaniste retraité. Et le choix de ne pas développer de logements sociaux dans les 5.000 nouvelles habitations est pour lui un indicateur.
Une « stratégie » qu’il rapproche d’un texte publié en 2025 par Vincent Jeanbrun, ancien maire de la commune devenu ministre du Logement en 2024, intitulé Réparer les quartiers, rétablir la République. Justice et logement en constituaient les priorités, dans le contexte des incidents survenus après la mort du jeune Nahel en juin 2023. À l’époque, la maison du député-ministre avait été attaquée à la voiture bélier pendant les émeutes alors que sa femme et ses enfants se trouvaient à l’intérieur.
« Il veut changer la sociologie de la ville », estime Sophian Moualhi, candidat Divers Gauche à la municipalité et principal opposant au maire de centre droit Clément Decrouy – qui ne s’est pas encore officiellement déclaré candidat. Mais cette politique urbaine caractérisée par une croissance constante depuis 2014 aurait comme conséquence la fragilisation de la commune. « La volonté de modifier la sociologie de la ville a été à l’origine de nombreux échecs immobiliers », prévient l’élu. Contactée, la mairie n’a pas souhaité donné suite aux sollicitations de la rédaction.
Allier construction de logements et vie urbaine
Les habitants gardent en mémoire la Halle des Saveurs, inaugurée en 2022. Ce marché couvert de 2.000 m² avait été présenté comme un projet emblématique de Vincent Jeanbrun. Un échec, selon Alexandre Forêt, directeur de l’agence immobilière L’Adresse de L’Haÿ-les-Roses, qui qualifie le résultat de « foireux ». « Il a voulu créer une demande, mais ça ne correspond pas à la population », poursuit-il. Pour autant, l’arrivée du métro a, selon lui, relancé l’intérêt des investisseurs, offrant une opportunité dans un marché immobilier sclérosé. La ville a ainsi gagné en attractivité, notamment auprès des jeunes couples venus de l’est parisien pour leur premier achat. « Depuis 2014, la politique locale vise à attirer une nouvelle population dans des biens neufs », constate Alexandre Forêt.
Mais dans certains quartiers, le prix au mètre carré dénote. Autour de la Roseraie, un projet immobilier en suspens propose des logements à 8.000 euros le mètre carré. L’agent immobilier souligne une incohérence entre l’offre de biens et de services disponibles et les prix affichés, comparables à ceux de certains quartiers de Paris.
Si le parc résidentiel est conséquent, l’offre de commerces de proximité reste insuffisante dans cette ville de proche banlieue. « Il n’y a pas assez d’activités », déplore Sophian Moualhi, qui ajoute avec ironie : « On pourrait presque se contenter du métro, du boulot et du dodo. »
Dans trois mois, la nouvelle majorité municipale devra donc répondre à une double exigence : proposer des logements adaptés tout en dynamisant la vie locale, afin de rendre la ville réellement attractive.
Pierre-Malo Albrecht