Les deux candidats indépendants qui se voient déjà à la tête de l’hôtel de ville 

Pour les élections municipales de mars 2026, Saint-Ouen compte quatre prétendants à ce jour. Outre les deux listes du Parti socialiste et de la France insoumise, deux indépendants se jettent à l’eau. Christian Deglarges (Ambition Saint-Ouen) et Sébastien Phan (Respire Saint-Ouen) s’affranchissent des étiquettes partisanes pour relever le défi de la mairie. 

Christian Deglarges (à gauche) et Sébastien Phan (à droite), dans leurs bureaux, le 17 décembre ©Elhine Cailleteau

« Voilà le bâtiment que j’ai construit. Un des nombreux défis que j’ai relevés dans ma vie ! » lance fièrement Christian Deglarges (tête de liste pour Ambition Saint-Ouen) dans le hall de son immeuble situé à la frontière entre Saint-Ouen et le XVIIIème arrondissement de Paris. Carnet en main, l’ancien industriel entre dans l’ascenseur en détaillant son emploi du temps de campagne. « On doit encore ajuster le programme avant de le dévoiler. On prépare aussi mon premier meeting ! Il aura sûrement lieu en janvier pendant les vœux. » Christian Deglarges n’est pas un inconnu de la démocratie locale. Élu sur la liste de William Delannoy (UDI) en 2014, l’homme de 78 ans était chargé du développement économique. « Je n’y connaissais rien, rien, rien ! Je me suis pris au jeu avec le temps », confie-t-il avec un air nostalgique.

En centre-ville, Sébastien Phan (tête de liste pour Respire Saint-Ouen) reçoit lui dans son bureau spacieux niché sous les combles de la mairie, avec une vue directe sur la Place de la République. Élu d’opposition, il a également entamé sa carrière politique sur la liste de l’ancien maire William Delannoy, six ans après son actuel concurrent. Entouré de ses affiches et tracts de campagne, il fanfaronne : « Tous les challenges que je me suis lancés dans la vie, je les ai atteints ». D’abord journaliste à la télévision, puis chanteur avec trois albums autoproduits mais aussi fondateur de l’opération « Ma ville a du talent » pour les jeunes artistes anonymes, Sébastien Phan est un éternel optimiste. 

L’indépendance à tout prix 

Tous deux en tête d’une liste citoyenne, Christian Deglarges et Sébastien Phan revendiquent une liberté sans limite. Si le second soutient ne jamais avoir eu de discussions pour une étiquette partisane, le premier assume avoir été approché par Les Républicains. « C’est certainement le parti qui se rapproche le plus de mes convictions mais il donne un triste spectacle aujourd’hui. Comme tous les autres partis d’ailleurs. » L’inspiration politique du retraité n’est autre que Charles de Gaulle. « J’ai toujours pensé que ce monsieur était bien au-dessus des partis. À mon sens, il n’était ni de droite ni de gauche », assure-t-il. Ni de droite ni de gauche, c’est aussi le mot d’ordre de Sébastien Phan. Les coudes posés sur sa table de réunion et le regard assuré, ce dernier défend l’indépendance de sa liste : « On rassemble beaucoup plus sans étiquette. Les partis sont très clivants. »

Une façon pour les deux candidats de tenter de ratisser large, avec des mesures sociales, sécuritaires ou écologiques. Elles seront nécessaires pour peser face au maire sortant, le socialiste Karim Bouamrane, qui a gagné en popularité à l’échelle nationale au cours de son mandat. Mais aussi face à la candidate de la France insoumise Manon Monmirel, peu connue mais suppléante du médiatique député Éric Coquerel, élu dès le premier tour des législatives 2024 dans la circonscription, qui englobe Saint-Ouen, avec plus de 64% des suffrages.

Deux hommes pour deux méthodes

L’indépendance n’est pas la seule corde à leur arc. Pour Sébastien Phan, une campagne électorale ne peut se dérouler sans débat. Le candidat de Respire Saint-Ouen saisit son tract et montre du doigt sa revue de presse qui rassemble les articles mettant en cause la mairie. « Je suis un ancien journaliste, mon rôle est d’informer. Beaucoup de gens ne sont pas au courant de ces histoires, mon but est de dénoncer les pratiques. » Des dénonciations qui prennent parfois la forme d’invectives sur les réseaux sociaux ou au conseil municipal. « C’est le théâtre vivant de la démocratie locale. Les gens aiment les joutes verbales. Ils aiment écouter les arguments avec la passion et le côté enflammé de chacun », estime Sébastien Phan. Une méthode qui ne plaît pas à tout le monde et qui lui a valu de vives critiques de la part des soutiens du maire Karim Bouamrane (PS). 

Costume deux pièces et cravate noire, Christian Deglarges se veut plus diplomate. « Ma stratégie c’est de proposer, pas de critiquer. » L’ancien chef d’entreprise se nourrit de ses engagements associatifs pour enrichir son projet. Membre de l’association Initiatives Seine-Saint-Denis et du réseau Mieux Entreprendre, il aide des entrepreneurs à s’installer, notamment dans la ville. « Je n’ai pas envie de multiplier les kebabs, les barbiers et les agences immobilières. Il y en a assez et c’est bien comme ça. Mais il faut aussi développer d’autres commerces. » Christian Deglarges participe également à des maraudes les mercredis soir, au pied de l’hôpital Bichat (XVIIIème arrondissement de Paris). « Je ne connais aucun élu engagé comme moi », affirme-t-il pour se démarquer.

Maire ou rien

À entendre le candidat retraité, l’humilité et la générosité sont essentielles pour prendre la tête de l’hôtel de ville. « Parfois l’ambition politique interfère avec le rôle d’élu et fait prendre les mauvaises décisions. Il ne faut surtout pas être carriériste pour être maire », souligne Christian Deglarges. Lui, pourtant, se montre sans concession. Son objectif ? « Être maire, point à la ligne ». 

Sébastien Phan arbore la même détermination sur son visage. La tête haute et les épaules en arrière, il s’identifie comme le « rival naturel » du maire socialiste. Pour le candidat, ça ne fait aucun doute : « Ça sera lui ou moi ». Pour savoir s’ils l’emporteront, les deux hommes n’ont qu’une seule boussole, leurs statistiques sur les réseaux sociaux. Plus de 2400 abonnés sur Facebook pour Sébastien Phan et 330 pour Christian Deglarges (qui n’a que la page de la liste Ambition Saint-Ouen), contre 9400 pour le maire sortant. De potentiels soutiens numériques qu’il faudra encore multiplier pour virer en tête en mars prochain.

Elhine Cailleteau