« Le quartier est magnifique ! » : les nouveaux habitants séduits par les Groues à Nanterre

Une ancienne friche qui deviendrait le quartier modèle de Nanterre ? C’est la promesse des Groues, au nord des gratte-ciels de la Défense. Si les travaux sont prévus jusqu’en 2032, les premiers habitants ont déjà pris leurs marques, avec joie.

Vue de la passerelle de la gare de Nanterre-La Folie. À gauche, l’ancienne friche des Groues se métamorphose progressivement. En toile de fond s’élève le quartier d’affaires de la Défense. – Nanterre, Hauts-de-Seine, décembre 2025 ©Aurélien Riot

À la descente du RER E, gare de Nanterre-La Folie, impossible de les rater. Grandes, élancées, semblant fendre le ciel, ces grues de chantier témoignent de la métamorphose du onzième et dernier quartier de la ville, les Groues.

Ce nom vous fera peut-être sourire. S’il rappelle le protagoniste du film d’animation Moi, Moche et Méchant, les rues du quartier grouillent davantage d’ouvriers vêtus d’orange que de petits bonhommes jaunes. Il faut dire que les travaux d’aménagements urbains de cette ancienne friche ont grandement avancé en 2025. Après l’arrivée du RER il y a tout juste un an, les premiers habitants ont emménagé dans leurs résidences flambants neuves au début de l’été. Et malgré une impression provisoire et logique d’inachevée (environ 30 % du projet a été livré), leurs retours sont globalement très positifs.

« Sur le papier, c’est très sympa »

Mercredi après-midi, place des Groues. Il faut faire le pied de grue pour trouver des passants qui habitent à proximité, plutôt que des travailleurs journaliers. Entourée de quatre de ses cinq enfants, Yasmina part en balade. Ancienne habitante du quartier Pablo Picasso (sa famille vivait dans un studio de la tour Aillaud vouée à la destruction, dans le cadre du projet de réhabilitation), elle se satisfait de sa proposition de relogement social dans un F5 de la résidence Flora. « Le quartier est calme, sympa. Par rapport à Pablo-Picasso, il n’y a pas de problème ».

Enthousiasmée par l’ouverture en janvier du groupe scolaire Yvonne Kerzrého, de l’autre côté de la place, elle relève tout de même un manque (provisoire) pour faire ses courses. « Il n’y a pas de commerces, pas de boulangeries. On doit aller au Lidl ou à l’Intermarché en dehors du quartier ».

De part et d’autre de la promenade dite Jardin des rails, des logements sociaux ont accueilli leurs premiers habitants, au cœur du nouveau quartier des Groues – Nanterre, Hauts-de-Seine, décembre 2025 ©Aurélien Riot

Un peu plus loin, Hinda rentre du travail, tirant son cadis. Elle semble s’être adaptée à cette déconvenue. « Je fais mes courses sur mon lieu de travail à Nanterre-Préfecture, explique la jeune femme, installée depuis deux ans. Le quartier est magnifique ! Je n’ai rien de négatif à dire : il y a plein de transports, je peux rentrer toute seule le soir sans problème…ça va très bien ».

Baptise, jeune actif, s’installe dans quelques semaines. Après une visite de son futur appartement dans la résidence Les Hallizées, il va chercher une petite douceur dans une célèbre enseigne de fast-food. « Sur le papier, c’est très sympa, s’exclame cet employé dans l’audiovisuel. J’espère qu’on pourra s’amuser le week-end, que le quartier ne sera pas trop résidentiel ». Ancien locataire d’un studio étudiant à Nanterre Université, il se réjouit de ce projet mené par l’établissement public Paris La Défense. « Le fait que ce soit aménagé par des acteurs privés, ça permet plus de financements que si c’était uniquement la municipalité ».

65 hectares de nouveaux logements, bureaux, jardins…

Plus de 10.500 nouveaux habitants, 12.000 futurs salariés, campus de 2.500 étudiants…sur 65 hectares, le quartier des Groues dévoile petit à petit toutes ses promesses. Une fois l’hiver passé, les espaces verts retrouveront leurs couleurs au milieu de ses grands ensembles de bois et de béton. Côté transports, la ligne 15 du métro Grand Paris est attendue pour 2031.

Vue de la friche des Groues et des nouveaux bâtiments à côté de Nanterre-La Folie – Nanterre, Hauts-de-Seine, décembre 2025 ©Aurélien Riot

Contacté, Paris La Défense n’a pas répondu à nos sollicitations. Mais les nouveaux habitants font une très bonne communication au gestionnaire du projet. Au pied de la résidence Hélios, à deux pas de la Défense, Enguerran enfourche son vélo. Installé depuis juillet, lui aussi vante les bienfaits des Groues. « On a eu l’opportunité d’avoir un appartement plus lumineux et plus spacieux. »

Anciennement inscrit sur une liste municipale de gauche, il salue l’ambition de ce projet. « Il y a beaucoup d’urbanisation, mais ça répond à un besoin. Entre la verdure et le béton, je trouve que la municipalité coupe la poire en deux ». La poire doit aussi être coupée en trois, entre logements sociaux, appartements privés et bureaux. Avant de partir, il lâche en riant: « J’ai un peu l’impression que c’est le quartier des bobos de Nanterre…mais je n’en suis pas un ».

Aurélien Riot