Reportage : Inaugurée en 2022 après plus de 12 millions d’euros de travaux, la nouvelle formule du marché peine à trouver son public. Projet phare de la liste sortante, elle fait face aux critiques : faible fréquentation, départ de commerçants et prix élevés.

Dans les allées des Halles ce jeudi matin, Simone, 80 ans, fait ses emplettes pour la semaine. Cette habitante de L’Haÿ-les-Roses depuis 58 ans est une habituée des lieux. Mais elle déplore le manque de vie au sein du marché : « Ça fait mal au ventre de voir un si beau projet presque à l’abandon. » Et pour cause : le bâtiment, inauguré en 2022 et qui a coûté plus de 12 millions d’euros à la commune, est désespérément vide. Conçu pour remplacer un marché vétuste, inadapté et énergivore, il devait devenir un lieu moderne, attractif et fédérateur. Pourtant, trois ans après sa réouverture sous le nom de « Marché de L’Haÿ-les-Roses », le constat s’avère inquiétant.

Le sentiment de Simone, bien seule dans cette structure de près de 2 000 m², est celui d’un décalage. « Le bâtiment est très beau. On sent que le maire a voulu quelque chose de chic, comme ce qu’on peut voir vers Bordeaux », reconnaît-elle. Mais son enthousiasme s’arrête là. L’octogénaire déplore le manque de choix : ce jeudi matin, seuls deux vendeurs de fruits et légumes et un poissonnier sont ouverts. À cela s’ajoutent des prix élevés qui ne conviennent pas à tous les portefeuilles : « Je ne vais pas venir juste pour acheter une salade, surtout quand c’est beaucoup plus cher qu’en grande surface », avoue-t-elle.
Le marché peine à attirer clients et commerçants
Ce matin, les Halles sont quasiment vides : entre 10 h et 11 h, seuls quatre clients ont foulé le marché. « Le dimanche reste la journée la plus dynamique, mais y’a pas foule non plus », souligne une vendeuse de fruits et légumes, qui souhaite rester anonyme. La concurrence du Franprix, situé à 200 mètres du marché, est rude. Et celle de l’hypermarché Carrefour en contrebas de l’autoroute, à un kilomètre de là, l’est plus encore. « L’ouverture des magasins le dimanche nous touche également », ajoute la primeure.
La fréquentation aurait connu un pic au début, mais il n’a été que temporaire. « Il y avait beaucoup de traiteurs avant, beaucoup nous ont quittés, explique la quadragénaire. Les habitants de L’Haÿ n’ont pas les moyens ». Et celle-ci d’évoquer aussi les commerçants historiques de l’ancien marché, qui n’ont pas retrouvé leur place : « Je pense qu’il y a eu du tri. » Le résultat ? Une halle vidée de sa clientèle et d’une partie de son offre, avec des départs non remplacés. La commerçante montre du doigt la charcuterie : la tenancière est partie à la retraite depuis plusieurs semaines, laissant un emplacement vide.

La commerçante assure néanmoins pouvoir compter sur le soutien de la municipalité. « Il y a des réunions tous les mois, les échanges sont faciles et le maire vient faire ses courses ici », ajoute-t-elle. Elle pointe que des efforts pour redonner de l’élan au marché, comme des animations de noël, devraient être proposées. Pas de certitudes cependant une semaine avant les fêtes. Enfin, des travaux et un agrandissement seraient également annoncés en interne, ce que ne confirme pas la majorité municipale, qui n’a pas donné suite à nos sollicitations.
Un échec dénoncé par l’opposition
Pour l’opposition, la transformation du marché se solde par un échec. « Les Halles ont coûté plus de 15 millions d’euros. C’est une catastrophe économique. Le projet ne fonctionne pas et il est mal géré », tranche Denis Hochstetter, le président de l’atelier local d’urbanisme Aludhay, qui lutte par ailleurs contre le projet immobilier jouxtant la Roseraie. Même constat de la part du principal candidat d’opposition à la mairie, Sophian Moualhi: « Il est anormal qu’un marché accueille moins de 300 personnes par semaine avec des prix aussi élevés. Ce doit être un lieu qui rassemble tous les habitants, les plus aisés comme les plus modestes. »
Preuve que les Halles peinent à attirer les foules, les prétendants à la mairie ne s’y bousculent pas. En ce jeudi matin, à trois mois des élections municipales, pas le moindre tractage à l’horizon.
Guillaume Pépin