Élections municipales à Nanterre : Raphaël Adam a-t-il convaincu les habitants pour un second mandat ?

Élu maire de Nanterre par le conseil municipal en octobre 2023 après la démission de Patrick Jarry, Raphaël Adam joue la carte du maire accessible et proche de ses concitoyens. À quelques mois des élections municipales auxquelles il se porte candidat, une question se pose : en deux ans d’exercice, a-t-il convaincu les Nanterriens pour un second mandat ?

Nanterre (Hauts-de-Seines), le 16 décembre 2025. Au marché de centre-ville de Nanterre, deux militants de l’association Nanterre et Plus tractent auprès des habitants pour promouvoir les ateliers de co-construction du programme de Raphaël Adam. © Chloé Blanc, IPJ

Charriot en main, Raymonde Filoque fait ses emplettes au marché du centre comme chaque semaine. Âgée de 94 ans, elle apprécie les récents travaux effectués sur la place : “La mairie a fait refaire les pavés et en tant que vieille dame, c’est bien agréable ! ” Arrivé en octobre 2023 suite à la démission de Patrick Jarry, Raphaël Adam a réussi à séduire cette nonagénaire. Elle affirme, en effet, l’apercevoir de temps en temps au marché et ne cache pas l’affection qu’elle lui porte : “Je l’aime bien. Il est souriant et très gracieux”, confit-elle en riant. 

Sa fille Annie, 69 ans, semble partager son avis : “J’habite dans le Gers donc je ne suis pas souvent à Nanterre. Mais le week-end dernier, j’étais là et je l’ai aperçu discuter avec les habitants. Il avait l’air très sympathique !” A la question “pour qui voterez-vous aux prochaines élections municipales ?”, Annie répond pour sa mère : “Il est communiste donc elle votera à nouveau pour lui.”

Ateliers, tracts et réseaux sociaux : le terrain avant tout

À l’entrée du marché, quelques mètres derrière elles, deux militants de l’association Nanterre et Plus, réputée proche du maire, distribuent des tracts. Sur ces derniers, un atelier participatif organisé par le maire est présenté. “Il s’agit du dernier des onze ateliers mis en place pour construire le programme de Raphaël Adam avec les habitants. Il en a fait un dans chaque quartier de la ville”, explique Arthur*, militant depuis son arrivée, il y a 5 ans. En plus de ces ateliers, le trentenaire promeut la présence régulière du maire dans les rues de Nanterre : “Que ce soit aux marchés ou à la sortie des écoles, il sort plusieurs fois par semaine rencontrer les gens.”  Pour lui, le dernier mandat a été une franche réussite avec près de “90% des 200 engagements réalisés”, parmi lesquels l’ouverture d’une maison des femmes et la plantation de 5 000 arbres. 

Dans une courte vidéo publiée sur Instagram le 19 septembre, Raphaël Adam (DVG) annonce sa candidature aux prochaines élections en mettant en avant la relation de confiance créée avec les habitants : « Depuis deux ans, j’ai rencontré des milliers de visages, j’ai écouté vos parcours de vie et vos attentes (…) Toutes ces histoires sont devenues pour moi une boussole.” Sur son compte Instagram, les publications le présentant au contact des Nanterriens ne manquent pas : marchés de Noël, cérémonie des jeunes talents ou encore inauguration d’un café social, le maire de 38 ans s’affiche aux quatre coins de la ville. 

“Je ne retiens rien de ses deux années de mandat”

En dépit d’une communication bien rodée, tous les Nanterriens ne ressentent pas cette proximité. Villotte Gailla est enseignante dans le supérieur et vit ici depuis 20 ans. Si elle ne remet pas en cause la légitimité du maire désigné en cours de mandat, elle avoue ne pas ressentir la relation de confiance dont il se félicite : “Honnêtement, je ne retiens pas grand-chose de ses deux ans de mandat. Je n’ai vu aucun changement notable depuis son arrivée.”

La Nanterrienne est d’ailleurs très critique vis-à-vis des commerces : “On se retrouve avec une offre de plus en plus uniforme. Si vous voulez un kebab, vous avez l’embarras du choix, mais pour le reste…”, lâche-t-elle avec amertume. La mère de famille pointe “l’inaction de la mairie face à la fermeture des petits commerces de proximité ”, qui laisse place  à des enseignes “moins qualitatives”.

L’éducation constitue un autre point de critique. L’enseignante a choisi de scolariser ses enfants à Paris pour le collège et le lycée : « À Nanterre, le niveau scolaire n’est pas très élevé et les professeurs sont souvent absents. Il y a aussi la question de l’environnement : quand on passe devant certains établissements, on ne se sent pas toujours en sécurité.”

De son côté, Christophe, 64 ans, pointe du doigt les conditions de l’accession au pouvoir de Raphaël Adam : “Dans tous les cas, je ne voterai pas pour le maire sortant. Il est arrivé, il n’est pas élu par nous, on ne le connaît pas. C’est toujours comme ça à Nanterre, que des magouilles de transmission de pouvoir et pour moi, c’est rédhibitoire. J’irai voter, mais pas pour lui !” Face aux avis mitigés, au refus d’une union des gauches de la part de La France Insoumise et aux candidats de droite, l’élection ne sera pas une mince affaire pour le maire sortant.

Chloé Blanc

*prénoms modifiés pour respecter l’anonymat des personnes