À Colombes, pour les municipales de 2026, Patrick Chaimovitch, maire écologiste sortant, fait face à Valentin Narbonnais, candidat socialiste et adjoint à la jeunesse. Alors qu’en 2020 la gauche était unie, elle est aujourd’hui divisée, au grand désarroi des militants.

« Bon courage pour les élections à venir, Monsieur le maire ! » Dans une salle de la nouvelle école Dominique Frélaut, cet habitant encourage Patrick Chaimovitch. Le maire écologiste sortant y organise un atelier participatif pour construire son futur programme. Outre les élus municipaux écologistes, près d’une quinzaine de personnes sont venues spécifiquement, ce mardi 9 décembre, pour l’occasion.
Vincent, un natif de la ville, en fait partie. « Je suis venu voir ce que le maire propose. Je pense sûrement voter pour lui », confie le sexagénaire. Parmi les adjoints présents, aucun socialiste ou communiste. « Déjà que c’est le cas à l’échelle nationale, c’est dommage qu’ils soient divisés dans une commune comme celle-ci », déplore Vincent.
Pour ces élections, les socialistes de Colombes soutiennent en effet la candidature de l’un des leurs : Valentin Narbonnais. L’actuel adjoint à la jeunesse et à l’enseignement secondaire se retrouve face au maire sortant. Une situation qui interroge dans la salle. « Je voulais poser la question, mais je n’ai pas osé », confie Annie, ancienne militante écologiste. L’habitante du quartier de l’Arc Sportif s’avoue surprise de l’absence des communistes. « S’ils sont divisés pour les municipales, le maire n’a aucune chance de gagner. S’il est tout seul, il ne passera pas », suppose la septuagénaire, prête à distribuer des tracts durant cette campagne.
Une majorité municipale fracturée
Colombes est habituée aux alternances gauche – droite lors des municipales. Depuis 2001, les deux camps se succèdent à chaque scrutin local. En 2020, les écologistes remportent l’élection grâce à une union des gauches. Arrivés en deuxième position au premier tour, ils obtiennent finalement 53,2 % des suffrages au second, 1 253 votes de plus que Nicole Goueta, la maire sortante LR. Le groupe de Patrick Chaimovitch était alors porté par les forces locales du PS, du PCF, et de Génération.s. Au fil du mandat, l’union s’est délitée. Aujourd’hui, six groupes différents composent la majorité municipale, désormais divisée entre deux candidats.
Patrick Chaimovitch bénéficie du soutien des écologistes (EELV), une partie des Génération.s et de les Motivé-e-s pour Colombes. Valentin Narbonnais rallie, quant à lui, le PS, Place Publique et le Parti Radical de gauche de la ville. « Aujourd’hui, j’ai plus de formations politiques issues de la majorité municipale qui me soutiennent, qu’elles ne soutiennent le maire », décrit le candidat socialiste. « Si je suis taquin, j’aurais tendance à dire que je suis le candidat de la majorité municipale », s’amuse-t-il.

« Le maire sortant avait dit qu’il ne ferait qu’un mandat tout au long de la campagne de 2020, et ce jusqu’à il y a encore quelques mois », se justifie Valentin Narbonnais. « On est face à un maire sortant, affaibli, isolé, en manque de dynamique », ajoute-t-il. L’adjoint à la jeunesse ne rejette pas une possible union des forces de gauche. Seule condition? « La disqualification du maire sortant », indique-t-il. Et ce, « en respect des engagements pris en 2020, au regard de toutes les difficultés qu’il y a eu sur la gouvernance, sur l’éthique, sur la gestion du personnel et au regard du repoussoir qu’il est, incontestablement, au sein de la population », explicite le socialiste. Pour autant, Valentin Narbonnais ne souhaite pas être opposé à l’écologiste. « Mon adversaire, ce n’est pas la gauche, ce n’est pas Chaimovitch. Mon adversaire c’est la droite », résume-t-il.
Pour Patrick Chaimovitch, sa candidature est avant tout un concours de circonstances. Sollicité, l’écologiste n’a pas souhaité répondre à nos questions. Lors d’un entretien accordé au Parisien le 26 juin, l’intéressé expliquait sa candidature. « J’ai regardé le paysage politique colombien et je n’ai vu personne pour prendre le relais, personne capable d’assurer une victoire de la gauche », expose Patrick Chaimovitch. « Valentin Narbonnais et son groupe ont voté tous les budgets. Il n’y a donc pas de désaccord, juste des ambitions, des débats sur la forme, pas sur le fond », a-t-il précisé.
Le groupe communiste, de son côté, ne s’est pas encore prononcé. Les militants du PCF débattent actuellement pour déterminer derrière quelle liste se ranger. Des propositions ont été adressées aux deux candidats afin d’évaluer celui dont le projet correspond le mieux à leur programme. « Nous proposons toujours de rassembler largement les forces de gauche colombienne avec un programme émancipateur structuré autour de grandes priorités pour notre ville », peut-on lire sur leur tract. Leur décision devrait être connue d’ici la fin de semaine.
Des tensions remontant à février
Pourtant, les dissensions ne datent pas d’hier. Des désaccords ont émergé au cours du mandat. Lors du conseil municipal du 13 février, plusieurs élus socialistes, dont Valentin Narbonnais, ont quitté la salle, sans un mot. Interpellé lors du conseil suivant par l’opposition, le maire a indiqué qu’ « il y a eu un règlement de la situation, malgré ce qui s’est passé ». La socialiste Chantal Barthélémy-Ruiz a explicité la position du groupe : « Il y avait un certain nombre de sujets sur lesquels nous avions des désaccords ». Mi-décembre, Valentin Narbonnais les explique. Si l’adjoint à la jeunesse assume le mandat, il pointe quelques divisions avec Patrick Chaimovitch: « Il y a des sujets sur lesquels nous nous sommes désolidarisés, notamment sur la question du personnel communal, sur la question de l’urbanisme et de l’aménagement du territoire ». Début décembre, des militants communistes, devant leur QG à Colombes, confirment également l’existence de « désaccords de gouvernance » depuis plusieurs mois au sein de la majorité.
Une lutte contre « les décisions injustes envers les agents »
Autre signe de ces tensions : une tribune publiée en septembre par plusieurs groupes de la majorité, consacrée aux conditions de travail des agents du service public municipal. « Les décisions tombent d’en haut, sans débat. Des mutations forcées désorganisent les services. (…) Pendant ce temps, les risques pour la santé et la motivation explosent », écrit le groupe socialiste. Celui-ci appelle « solennellement Monsieur le Maire à un véritable sursaut : pour que le moteur humain du service public reparte, fort, juste et efficace ».
Le groupe communiste plaide également pour « un changement profond de cap : pour une gestion humaine, démocratique et respectueuse, qui place la santé, le dialogue et la dignité au coeur de l’action publique ». Même son de cloche du côté des Citoyens solidaires et écologistes : « Notre groupe combat les décisions injustes envers les agents, de plus en plus nombreuses, contraires à notre projet ».
Le syndicat CFTC du 92 dénonce, de son côté, des actes d’harcèlement au sein de la municipalité. « Depuis 2020, les actes de harcèlement à l’égard des salariés se sont accentués », affirme Antoine Ricour, juriste au sein du syndicat.
Interrogé par Le Parisien le 26 juin sur les tensions au sein du personnel, le maire justifiait : « Nous avons dû réorganiser les services et y mettre un peu d’ordre avec des compensations financières, et cela a pu générer un malaise. Il y a encore du travail et tout n’a peut-être pas été bien ressenti mais ce sont davantage des difficultés managériales ».
En vue des municipales de 2026, une interrogation demeure : y aura t-il trois candidats à gauche à Colombes ? Le groupe de la France insoumise de la ville n’a, pour l’instant, pas communiqué sur ses intentions. En 2019, les Insoumis s’étaient présentés en marge de l’union autour de Patrick Chaimovitch, avant de se retirer à quelques semaines des élections, faute d’avoir constitué une liste.
Thomas Frontenac