INTERVIEW – Pour la première candidature de la France Insoumise à Aubervilliers, Guillaume Lescaut précise son projet de politique de logement. Avec un focus sur le gel des loyers et la construction de nouveaux logements sociaux.

Pour convaincre les habitants d’Aubervilliers, Guillaume Lescaut place le logement comme l’une de ses priorités. Le candidat, qui fustige la politique menée par la ville ces dernières années, nous détaille son plan s’il est élu à la tête de la mairie, en mars 2026.
Parmi vos mesures fortes, vous proposez le gel des loyers. Celui-ci a été adopté par le conseil municipal, à compter du premier janvier pour l’année 2026. Comment accueillez-vous cette décision ?
La droite a augmenté les loyers quatre années d’affilée de 3,5%, le maximum autorisé, et à la veille des municipales ils gèlent les loyers. Tout en nous expliquant que c’était impossible quand j’ai présenté cette mesure. Là, le gel a été voté pour un an, alors que moi je propose de les geler pendant six ans.
Cette mesure concernera tous les logements sociaux ?
Non, seulement ceux de l’Office public de l’habitat (OPH), car il y a aussi ceux qui appartiennent aux bailleurs comme la CDC, Action logement, Moulin Vert… Il y a de multiples logements sociaux sur lesquels on n’a pas la main. On demande donc le gel des loyers auxquels on a accès dans le public, et l’encadrement des loyers dans le privé.
Est-ce que le gel des loyers ne risque pas de priver l’OPH de ressources qui pourraient être destinées à la rénovation ?
Les ressources de l’OPH, ce sont les loyers. Ce n’est pas parce qu’on les gèle que l’OPH n’a plus d’argent. Surtout qu’on sort de quatre années d’augmentations : les ressources, elles existent, elles sont là. Moi, j’estime que c’est la hausse des loyers qui peut être contre-productive : à force de demander aux gens de payer plus, on va voir se multiplier les impayés, parce que les gens sont pris à la gorge. En gelant les loyers, on renforce les ressources de l’OPH. Et si la conséquence, c’est qu’on a moins de ressources pour rénover, j’assumerai. Je dirai oui, on rénovera moins vite. De mon point de vue, ce n’est pas aux locataires de payer le manque d’entretien de l’OPH.
Vaut-il mieux démolir pour reconstruire, ou rénover les logements qui en ont besoin ?
Il y a actuellement trois plans de rénovation urbaine (RU) en cours à Aubervilliers. En vérité, ce sont des machines à démolir les HLM. Sous couvert de rénovation urbaine, on priorise en fait la simple démolition de logements sociaux, sans réelle réhabilitation. Alors que l’on met parfois 14 ans pour obtenir un logement HLM. Je m’attacherai plutôt à construire de nouveaux, car il y a un vrai besoin.
14 ans, c’est la moyenne ou la fourchette haute ?
Certains ont dû attendre 14 ans, certains plus longtemps encore. On a 8.000 dossiers en attente à Aubervilliers, avec seulement 200 à 300 logements qui se libèrent par an. Certes, les plans de RU mettent de l’argent sur la table pour rénover des logements, mais on fait trop souvent le choix de les démolir. C’est une folie de détruire des logements sociaux
Vous souhaitez mettre un terme à ces projets de destruction ?
Je ne sais pas si je pourrai stopper ces plans-là, tout dépendra du rapport de force avec le ministère du logement. Mais ce qu’on sait, c’est que les habitants qui sont dans les tours qui ne sont pas encore démolies ont un fort espoir qu’on s’oppose à leurs démolitions.
Dans ce cas-là, l’accent ne devrait pas être mis sur la rénovation des logements ?
L’insalubrité, les passoires thermiques, les bouilloires thermiques… L’OPH est totalement sinistré. Une partie de son parc est elle-même insalubre. C’est dû à un manque d’entretien pendant des décennies. Notre priorité, elle est donc sur la rénovation.
Qui prendra en charge ces travaux de rénovation ?
Ce sera l’OPH (8.132 logements), qui sera sous ma responsabilité. Ce sera donc un financement public. Nous estimons que ce n’est pas aux locataires de payer pour le mauvais entretien de ces logements.
Maël Lapeyre