À Saint-Ouen, l’ancienne patinoire glisse vers une seconde vie culturelle

Depuis 2022, la mythique patinoire de Saint-Ouen est devenu un lieu d’exposition temporaire, et fait aujourd’hui l’objet d’un projet de reconversion culturelle. À l’approche des élections municipales de 2026, son avenir cristallise les enjeux politiques, urbains et culturels du centre-ville.

Saint-Ouen, 17 décembre 2025. La patinoire, imaginée par Paul Chemetov et construite en 1979, a été fermée en 2020 en raison de nombreuses fuites d’eau. Elle accueille depuis 2022 des expositions. ©Iskandar_lebcira

À la sortie du métro 14, station Mairie de Saint-Ouen, le centre-ville est animé. Voitures, scooters, piétons pressés, familles et salariés en pause déjeuner se croisent dans un ballet urbain continu. Et puis, juste en face, une structure capte immédiatement le regard : un immense bloc de béton et de ferraille, surplombé de deux containers, aux allures industrielles.

En s’approchant de l’édifice, les stigmates du temps apparaissent : traces de rouille, fissures béantes, peinture qui s’écaille. Sur la façade, une grande affiche multicolore tente d’apporter un peu de gaieté à la grisaille environnante. Sans l’inscription géante sur le toit, personne ne devinerait qu’il s’agit d’une ancienne patinoire.

Marie, 49 ans, observe la façade en attendant que le feu passe au vert. « Telle qu’elle est aujourd’hui, ça fait tache. C’est massif, en mauvais état, pas très accueillant », juge-t-elle. Et pourtant, cette architecture brute, longtemps critiquée, a fait la singularité du lieu. Imaginée à la fin des années 1970 par l’architecte Paul Chemetov, la patinoire est devenue au fil du temps un emblème de la ville. Une structure hors norme, reconnaissable entre toutes.

2.000 mètres carrés d’espace d’exposition sur l’ancien plateau de glace

À son arrivée à la tête de la municipalité, le socialiste Karim Bouamrane fait de la reconversion du bâtiment un projet important de son mandat. Dans Le Parisien en septembre 2025, le maire évoque d’ailleurs avoir « trouvé en 2020, un centre-ville en pleine déliquescence » et qualifie la patinoire de « verrue architecturale, urbanistique et sécuritaire », tout en reconnaissant qu’elle fut « un super équipement » ayant marqué sa jeunesse.

Aujourd’hui, l’objectif affiché par la Ville est clair : transformer cet équipement vieillissant en un grand espace culturel, artistique et d’exposition, accessible au plus grand nombre. Un projet de rénovation estimé entre 20 et 23 millions d’euros, qui n’a toutefois pas encore dépassé le stade des annonces par manque d’investisseurs.

Natif de Saint-Ouen, Mehdi, 51 ans, se souvient de ses années de patinage. « À l’époque, on trouvait ça stylé. Mais le bâtiment a très mal vieilli. C’est dommage, parce qu’il y a un vrai potentiel », confie-t-il. Les images du futur projet lui arrachent un sourire. « Ah ouais, là c’est mieux. L’espace vitré, c’est moderne, propre, ça donne envie d’y aller », s’enthousiasme-t-il, tout en restant sceptique.

En attendant, la Ville a choisi de faire vivre le lieu autrement. Depuis 2022, l’ancienne patinoire accueille ponctuellement des événements culturels. En ce moment, la deuxième édition de l’exposition Urbain de Paname occupe les 2.000 mètres carrés de l’ancien plateau de glace. À la sortie de l’exposition, Jérôme, 54 ans, venu spécialement du 18ᵉ arrondissement de Paris, salue un « espace impressionnant ». « Transformer ce lieu en espace culturel, ça a du sens », estime-t-il.

« Redonner vie à cet endroit, c’est essentiel »

Dans un communiqué publié le 13 septembre 2022, la municipalité affirmait vouloir « donner un nouveau souffle » à ce bâtiment classé comme patrimoine remarquable. Elle y promettait un lieu aux usages multiples : culturels, éducatifs, sociaux et festifs. Trois ans plus tard, tout reste à faire.

Du côté de l’opposition, l’avenir de la patinoire ne semble pas être un enjeu central. Manon Monmirel, candidate LFI, porte davantage son attention sur « l’accessibilité de la culture ». Elle affirme vouloir « faire travailler ensemble les différents acteurs culturels de la ville » afin de construire un programme commun au service des habitants.

À quelques mètres de la patinoire, devant le Bouillon du Coq du chef Thierry Marx, Michel, 79 ans, tient à donner son avis : « Il était temps qu’elle se refasse une jeunesse. Redonner vie à cet endroit, c’est essentiel. Et quoi de mieux que la culture pour ça ? L’art, la musique, les expositions, c’est important à tout âge. Et à Saint-Ouen, on en manque. » 

Iskandar Lebcira