À L’Haÿ-les-Roses, sous les lampions, une déambulation à la portée aussi politique

À quelques jours de Noël, la maison de quartier du Petit Robinson de L’Haÿ-les-Roses organise une marche aux lampions à destination de petits et grands. Un évènement propice à un échange entre candidats et citoyens, à trois mois du premier tour des élections municipales. 

Distribution de lampions aux enfants à la maison de quartier du Petit Robinson de l’Hay-les-Roses – L’Hay-les-Roses, Val-de-Marne, décembre 2025 ©Pierre-Malo Albrecht

La nuit est déjà tombée. Aux abords de la maison de quartier, sous des tentes blanches dressées pour l’occasion, bénévoles et élus municipaux s’activent. Tous, ou presque, portent fièrement la coiffe du Père Noël et alignent sur les tables les lampions que vont faire défiler les enfants dans le quartier du Petit-Robinson, à l’Haÿ-les-Roses. Un moment convivial certes, mais où la politique se mêle régulièrement.

Cette déambulation a lieu tous les ans dans chacun des six quartiers de la ville depuis l’élection de Vincent Jeanbrun à la municipalité, en 2014. Il a été remplacé par Clément Decrouy, après sa nomination comme ministre du Logement en octobre 2024. Ce mercredi soir, le maire est absent, alors qu’il a participé aux quatre marches précédentes. 

La marche aux lampions, un terrain politique

Mais le président de la maison du quartier, également maire-adjoint délégué au devoir de mémoire, aux anciens combattants et au vivre ensemble, fait office de représentation. Il est accompagné par différents élus qui animent cet évènement. Cet octogénaire évoque avec fierté le bilan de son maire – ou plutôt de ses maires : investissement dans l’école de la République, construction de logements pour re-dynamiser une « ville-dortoir », d’une médiathèque et développement de commerces. 

Un élu l’interrompt. « Qui a acheté les bougies ? » lui demande-t-il.  « La mairie », répond celui que le ministre surnomme le général. « Elles sont nulles, heureusement qu’on ne sera plus là l’année prochaine », ironise le plaignant, qui a annoncé son retrait de la vie politique à un moment charnière.

En mars 2026, les élections municipales s’inscriront soit dans la continuité, soit dans une recomposition du paysage politique local. Si le maire sortant ne s’est pas encore déclaré candidat, une liste de centre droit est attendue. Elle sera opposée à celle de Sophian Moualhi, candidat Divers Gauche, qui compte bien reconquérir ce bastion historique de gauche. Après un échec lors des municipales de 2020, ce trentenaire affiche désormais clairement son objectif pour 2026 : la victoire.

Petites phrases assassines

Même s’il estime que ce tour de quartier n’est pas politique, il décide d’aller « là où il y’a des gens ». Sa grande taille le trahit parmi les citoyens mais il parvient à se fondre dans la masse des retraités et des jeunes parents, venus accompagner leurs enfants. 

Il en profite pour faire passer ses messages et occuper l’espace, au détriment du grand absent de la soirée, Clément Decrouy. En aparté, il déplore d’ailleurs que ces marches ne soient pas davantage l’occasion de rencontrer des personnes de milieux différents. À ses yeux, le quartier du Petit-Robinson, essentiellement pavillonnaire, manque de diversité. Ce diplômé d’HEC, qui a grandi dans une cité, a fait de l’éducation et du brassage social l’un des fils rouges de son engagement.

Soudain, le Père Noël surgit de sa cheminée blanche version maisonnette, installée au bord d’un rond-point. À son tour, il se mêle à la foule pour serrer les mains des enfants. Les premières notes de Petit Papa Noël se lancent. Annie Berson les fredonnent.

Elle est la femme de celui qui se cache sous le costume rouge et blanc, Fernand Berson, ex premier adjoint, évincé par le nouveau maire. Clément Decrouy l’a remplacé par Mélanie Nowak, la femme de Vincent Jeanbrun. « Clément [Decrouy], il est parachuté », lâche Annie Berson d’un ton acerbe, en regardant d’un air amusé son mari.

Le cortège d’une soixantaine de personnes s’élance sur une route bloquée par la petite équipe de police dépêchée pour l’occasion. Le Père Noël ouvre la marche, suivi des parents et des enfants, lampions à la main. Au milieu du défilé, Ghislaine, 63 ans. Cette retraitée aime participer aux évènements « culturels » de la ville, qu’elle habite depuis son enfance. Plus concentrée sur la vie quotidienne, elle reconnaît que la ville s’est dynamisée. « Mais ce qu’il manque c’est de la vie, on n‘a pas de commerces de bouche », regrette-t-elle. 

En 2022, le marché couvert, la Halle des Saveurs, a vu le jour. Ce grand chantier chiffré à 17 millions d’euros divise les habitants de L’Haÿ-les-Roses. « C’était une bonne idée mais il ne s’est pas adapté à la population », estime cette ancienne costumière. Entre des prix jugés trop élevés, des bénéfices insuffisants et des étals souvent vides, le bilan apparaît mitigé.

À côté, Caroline, 33 ans, est une jeune mère de famille venue pour ses deux enfants de 7 et 4 ans. Elle ne voit pas dans cette marche aux lampions une manifestation politique. Elle estime toutefois que depuis l’élection du nouveau maire, en 2021, « peu de choses ont bougé ».           

Au détour d’une rue, le père Noël ramène tout le monde à la maison de quartier. Les enfants s’amassent près des tables et attendent que le père Noël leur distribue des chocolats. Parents comme enfants ont droit à leur boisson : vin chaud ou chocolat chaud. Les esprits sont détendus et les sourires de mise : un nouveau moment de campagne propice pour Sophian Moualhi. Peut-être aura-t-il une longueur d’avance sur le grand absent de la soirée.

Pierre-Malo Albrecht