“Pour installer un commerce indépendant, il faut avoir les dents solides” : le déclin de l’activité marchande du centre-ville 

Face à des liquidations financières successives, les commerces du centre-ville sont en berne. Un contraste palpable par une affluence continue dans la boulangerie Maison Marquise, à proximité de la station de métro L’Haÿ-les-Roses.

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Le centre-ville de L’Haÿ-les-Roses, avenue Aristide Briand. Le 16 décembre 2025. © Melissa Breton.

Soixante personnes attendent d’être servies par les vendeurs du célèbre fournil Maison Marquise. Il est situé dans la commune de Chevilly-Larue, partageant sa chaussée avec des commerces de bouche de L’Haÿ-les-Roses. Symbole du succès de la boulangerie : lors du Black Friday, 2 500 boîtes de pâtisseries ont été vendues. Le face-à-face commercial reste très défavorable pour les restaurants situés du côté de L’Haÿ-les-Roses.

Le contraste est tangible. Fusion Korean Street Food peine à égaliser l’affluence de la Maison Marquise. Même s’il profite de la fréquentation de son voisin. Salem Knis, vendeur du restaurant l’haÿssien, met en exergue que “des groupes quittent la file d’attente de la Maison Marquise pour venir manger ici”. Les magasins du centre-ville de L’Haÿ-les-Roses, plus excentrés, n’ont pas cette même chance.

Une succession de dépôts de bilan

Ces derniers illustrent bien l’activité économique en berne. Sandra Versteegh tient la boutique Matières et Cie sur l’avenue Aristide Briand, à côté des locaux vides d’une entreprise de bâtiment. Jean Michel Corcelle a fermé ses rideaux, voilà deux ans. “Pour installer un commerce indépendant, il faut avoir les dents solides”, avertit la gérante du magasin. Cet exemple négatif en est un parmi d’autres.

Car depuis février 2025, les plateformes juridiques Repreneurs et Doctrine répertorient au moins 10 liquidations financières à L’Haÿ-les-Roses. “C’est catastrophique ! Les charges fiscales pour payer son loyer ne font qu’augmenter”, blâme Sandra Versteegh. Cent mètres plus loin, la vendeuse Mouna Au Croissant Doré déplore les trottoirs étroits de la rue Jean Jaurès et le manque de places de parking, rendant le stationnement difficile. Un manque de places qui pénalise les clients. “Ils se garent dans la rue Bourgeot. Du coup, ils bloquent l’accès aux pompiers et se retrouvent à payer des amendes de 30 euros. Parce qu’ils ont voulu acheter une baguette traditionnelle !” s’irrite-t-elle légèrement.

Les tentatives de la ville pour redynamiser les commerces

Des commerçants tiennent tout de même à souligner les initiatives de la mairie actuelle pour dynamiser l’économie locale. En juillet 2019, un projet de construction comprenant 94 logements et un parking souterrain est entamé. Les travaux devaient initialement s’achever à l’été 2024, mais ces derniers ne voient pas le bout du tunnel. La responsable d’un salon de toilettage pour chiens, Sandrine Marin, considère cette opération immobilière comme un vivier d’opportunités.

Elle insiste sur les autres efforts entrepris par le maire en poste Clément Decrouy (DVD) : le marché de Noël éphémère et le réaménagement de la halle de marché. Une halle “largement sous-exploitée” qui “attire moins de 300 L’Haÿssiens par semaine” réprouve le candidat de gauche Sophian Moualhi à travers son tract de campagne. Il critique vivement la sous-exploitation de cette rénovation à 13 millions d’euros.

Un des enjeux des élections municipales sera de revitaliser le tissu économique local tout en s’adaptant à la baisse des dotations accordées à la ville. Elles “représentent 2,2 millions d’euros de perte annuelle de recettes sur la base des recettes 2014”, selon son rapport d’orientation budgétaire 2026. 

Melissa Breton