Insécurité à Nanterre Ville : les commerçants s’agacent de l’inaction de la mairie

Si Nanterre sécurise ses quartiers les plus sensibles, les commerçants du centre-ville se sentent, eux, parfois délaissés. Régulièrement confrontés aux vols et incivilités, les marchands de la rue Maurice Thorez ont décidé de ne plus attendre. Faute de moyens supplémentaires, les boutiques du centre s’organisent seules dans l’attente d’un réel soutien de la mairie.

Nanterre (Hauts-de-Seine), le 15 décembre 2025. Six impacts sont visibles sur la devanture du Carrefour City de la rue Maurice Thorez, le résultat de plusieurs actes de vandalisme. © Chloé Blanc, IPJ

C’est une vitrine brisée qui accueille les clients du Carrefour City de la rue Maurice Thorez. Le mois dernier, le magasin a été la cible de vandalisme : à trois reprises, la devanture a été taguée du slogan “free Palestine” en lettres rouges. En attente de réparation, les baies vitrées du magasin arborent, aujourd’hui encore, six impacts de la taille d’un poing. 

Bien que la mairie ait fait repeindre l’enseigne après chaque dégradation, pour Léo*, employé depuis fin juillet, il est inutile de se reposer sur les pouvoirs publics : “On n’attend rien de la mairie. Il n’y a même pas de caméra devant donc c’est à nous de sécuriser le magasin. On préfère négocier avec la personne pour la faire payer plutôt que d’appeler la police municipale. Et en cas de nécessité, on a toujours une gazeuse [NDR : bombe lacrymogène] .” 

À l’inverse, d’autres commerçants attendent de la municipalité un soutien plus marqué. Depuis 2013, Béatrice* est à la tête d’une parfumerie à quelques pas de la supérette dégradée. Le matin même, Marion*, une de ses employées, a été agressée par un homme devant le magasin : “Je nettoyais les vitres quand un passant s’est approché en criant et m’a arraché ce que j’avais dans les mains. Il m’a fait flipper.” 

Habitué des vols et incivilités en tout genre, cet institut de beauté dispose d’un système d’accès contrôlé depuis 2020. Installée pour filtrer la clientèle pendant la pandémie, la sonnette du magasin n’a jamais été retirée : “Quand on voit des personnes bizarres, on n’ouvre pas. Il y en a trois ou quatre dans Nanterre qui traînent. Soit elles sont bourrées, soit elles volent. À force, on les connaît mais on en a marre”, explique Marion en montrant, dans sa poche, le bip contrôlant l’ouverture de la porte. Pour travailler plus sereinement, Béatrice et Marion souhaitent que des caméras de vidéosurveillance soient installées devant “les commerces à risque” comme le leur. “Avant, des îlotiers patrouillaient dans le quartier, c’était sécurisant”, confie Béatrice.

Nanterre (Hauts-de-Seine), le 15 décembre 2025. Au croisement des rues Maurice Thorez et Henri Barbusse, les livreurs à scooter se regroupent pour attendre leur prochaine commande. © Chloé Blanc, IPJ

Peu sujet aux vols, Max, 62 ans, déplore le passage constant des livreurs à scooter devant sa boutique de vins. Devant les portes vitrées du magasin, trois livreurs attendent une commande, téléphone en main, casque sur la tête. De temps à autre, un scooter coupe la route en empruntant l’espace piéton devant le commerce de Max pour remonter ensuite la rue Maurice Thorez. “Ce matin, j’ai failli me faire renverser ! Un jour il y aura un accident, c’est sûr”, s’agace le gérant. N’étant pas le seul à dénoncer la “circulation anarchique des scooters”, la mairie a organisé, en novembre, une réunion dédiée aux commerçants.

Max évoque une négociation entre la municipalité et plusieurs sociétés de livraison pour délocaliser le point d’attente des commandes et transformer en zone blanche l’espace actuel. Une seconde réunion devrait avoir lieu en janvier mais le sexagénaire ne se fait pas d’illusions : “Comme par hasard, la municipalité est plus à l’écoute à l’approche des élections. Une fois le maire élu, ça sera terminé.” Contactée par notre rédaction, la mairie n’a pas souhaité s’exprimer sur ce sujet ni confirmer la tenue de cette réunion.

Trois candidats, trois approches sécuritaires

À l’approche des municipales, les réponses politiques au désarroi des commerçants du centre-ville divergent. Pour le maire sortant, Raphaël Adam (DVG), la ville ne peut agir seule. Dans une interview accordée au Parisien en novembre 2024, il défend son bilan — triplement des caméras et ouverture d’un centre de supervision — et conserve un point de vue clair : « Nos policiers municipaux resteront non-armés ». Sa stratégie actuelle, ciblée sur les points de deal des cités via le plan « Ville de sécurité renforcée », laisse pour l’instant le centre-ville hors du périmètre prioritaire.

Pour la candidate Hélène Matouk (LR), la politique sécuritaire est un échec : « Je considère que pour la sécurité à Nanterre, tout est à faire. » Pointant l’absence de caméras rue Maurice Thorez et la faiblesse du recrutement (sept agents en six ans), la candidate prône un virage sécuritaire total : une police municipale armée et un objectif de 50 nouveaux agents d’ici 2033.

De son côté, Nicolas Huyghe (LFI), candidat aux prochaines élections, rejette l’idée d’une ville qui se substitue à l’État. Jugeant le recrutement de policiers perdu d’avance et trop coûteux, l’insoumis critique la multiplication des caméras, « une promesse non tenue » du maire. Sa solution pour la sûreté publique ? Remplacer le tout-sécuritaire par « le dialogue et la médiation ».

Chloé Blanc 

*prénoms modifiés pour conserver l’anonymat des personnes