Le cinéma La Tournelle a besoin d’être financé par la ville pour ses frais de fonctionnement et les salaires de son personnel. La structure culturelle n’a pas subi de baisse de subventions publiques, mais pour attirer un jeune public, elle mise sur les projections scolaires, les programmations généralistes et les tarifs réduits.

À peine sortie d’une séance de projection scolaire avec l’école maternelle du Centre, Mylène Frogé récupère deux lettres de motivation pour un stage d’observation. La chargée de médiation exerce son métier avec passion pour ancrer le cinéma La Tournelle dans la vie culturelle de L’Haÿ-les-Roses. Existant depuis 1976, la structure vit de la billetterie, mais aussi des subventions de la ville et de celles du Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC). Elle coordonne des programmes scolaires avec cinq écoles primaires et quatre de maternelle. « La majorité des entrées est financée par la coopérative et une partie par les fonds propres des établissements », précise la salariée. Et celle-ci indique un total de 14 % d’entrées via le dispositif Ma classe au cinéma sur la période 2024-2025.
La structure veut en finir avec l’étiquette de “cinéma pour les personnes âgées et les écoles”. Son objectif ? Attirer les jeunes de la ville, hors sorties scolaires, quitte à adapter la programmation hebdomadaire pour séduire la génération Z. « Nous acceptons le Pass culture, avons mis en place le tarif réduit à 5,30 euros, le dispositif Lycéen et apprentis au cinéma à 3 euros… Mais ces procédés n’ont pas d’effets concrets », se désole-t-elle. Mylène Frogé estime que les adolescents restent un public dur à atteindre : « C’est difficile de lutter face à la concurrence des grands groupes, comme UGC et Pathé ».
Des prix attractifs qui séduisent à tout âge
Au pied du cinéma, parmi les spectateurs habitués de la salle obscure, nombreux sont les retraités rencontrés. « Le cinéma La Tournelle n’est pas très fréquenté pourtant les places ne sont pas chères. Je paye 4,50 euros la mienne. C’est un sérieux avantage par rapport au Pathé Belle Epine à 17 minutes en voiture », témoigne une vieille dame vêtue d’un bonnet à pompon qui habite à deux segments de rue. À côté d’elle, Hubert est un senior habitué à régler le plein tarif fixé à 6,60 euros. Ce cinéphile reproche néanmoins « une programmation parfois un peu légère qui mériterait d’être plus dense ».
Pour le cinema, le soutien de la mairie est essentiel. Mais pas simple de s’appuyer sur son service communication : celui-ci a besoin d’un délai de trois semaines pour placarder les affiches de programmation du cinéma dans la ville. Or, ce dernier ne communique les films en projection qu’au dernier moment. « Le délai est trop court pour que les habitants prennent connaissance des affiches », se désole Frédéric Grimaud, coordinateur communication à la mairie de L’Haÿ-les-Roses.
Dans son dernier bilan annuel, le cinéma La Tournelle a cumulé 31 840 entrées. Pour veiller à son rayonnement, Mylène Frogé estime que « les prochaines élections municipales auront un impact sur le budget accordé au développement de la culture ». Le rapport d’orientations budgétaires de 2024 notait déjà une baisse des finances publiques accordées aux structures culturelles. Une austérité qui pourrait toucher le cinéma La Tournelle en 2026 ? Pas à ce stade, explique la structure qui n’a pas eu vent d’une éventuelle « diminution du budget accordé par la ville » pour son fonctionnement.
Melissa Breton