Classée G dans le dernier baromètre vélo, Villeneuve-Saint-Georges ne fait pas honneur à son histoire, elle qui a accueilli à sa frontière le premier départ du Tour de France en 1903. Le vélo ne fait pas encore partie des grandes thématiques de campagne. Pourtant, sur le terrain, les cyclistes galèrent. J’ai enfourché ma bicyclette pour rendre compte de leur quotidien.

Au petit matin, je m’élance depuis la station Vélib’ de Créteil-Pompadour. L’extension en janvier dernier du réseau de vélos en libre-service s’est arrêtée aux portes de Villeneuve-Saint-Georges. J’irai donc par la nationale 6, emblématique pour son trafic. Un peu moins pour sa piste cyclable.
En s’y engageant pourtant, on se soulage de ne pas être mêlé au flot incessant d’automobilistes : un petit parapet assure la séparation de la chaussée. Assez vite, le panneau indiquant l’entrée dans Villeneuve-Saint-Georges me tend les bras. Mais c’est un leurre : deux gros nids-de-poule m’accueillent en même temps. Grâce à une fine bande de macadam encore potable, je m’extirpe de cette première difficulté, en me sentant chanceux de ne pas avoir croisé d’autres vélotaffeurs.

À vrai dire, il faut aimer être secoué pour se lancer sur cette piste. Bosses par-ci, trous par-là, la balade se transforme en numéro d’équilibriste. Et s’il y en a un qui a l’habitude de faire le funambule, c’est Paul Mangematin, président du Vélo Club des Cheminots et Villeneuvois. « Cette bande cyclable qui double la N6 est très mal entretenue, le goudronnage notamment. Ce n’est pas une belle piste, alors même qu’elle est très empruntée car il n’y a pas d’autres moyens pour ceux qui viennent de Paris », pointe le sexagénaire.
« Situation cataclysmique ici »
Cette voie réservée aux vélos a cependant le mérite d’exister. Car Villeneuve ne compte que 18 km de pistes cyclables sur son territoire, d’après un décompte d’Île-de-France Mobilités, autorité organisatrice des transports franciliens. À l’approche du centre-ville, au niveau de la jonction entre le pont Wilson et la rue de Paris, la chaussée en est dépourvue. Deux cyclistes qui me précèdent mettent le pied à terre, comme pour mieux se préparer à ce qui les attend : s’insérer dans cette double file de véhicules vrombissants que je longe depuis Pompadour.
Je profite du feu rouge pour m’engager. Le sentiment de sécurité que je ressentais sur la voie cyclable s’est envolé avec les gaz d’échappement. Désormais pris en sandwich entre deux camions, mon biclou paraît bien ridicule. Et je n’ai pas encore passé le plus dur. Sur la cartographie de la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), qui recense les points de tension relevés par les cyclistes, le rond-point de la place Pierre-Sémard, face à la gare, pâtit d’une très mauvaise réputation. « Pas besoin de commentaire, situation cataclysmique ici », s’exaspère un internaute. « Impraticable, très dangereux », résume un autre.

Le fameux carrefour n’est effectivement pas du tout adapté pour les vélos. Peut-être même pas pour les voitures, à en croire l’embouteillage qui s’y profile. C’est paradoxalement une bonne nouvelle pour le cycliste que je suis : l’arrêt presque complet des véhicules réduit le risque de carambolage. Mais dès lors que la circulation se fluidifie, à la sortie du rond-point, sur l’avenue du 8 mai 1945, le danger redevient omniprésent. Les 16 tonnes me doublent sur la gauche, les motards me frôlent à droite et l’étroitesse des trottoirs ne permet même pas de s’y dérober.
L’illustration de ce qui a valu à la commune la lettre G (« très défavorable ») au baromètre vélo 2025 de la FUB. Soit le pire niveau d’une échelle qui peut monter jusqu’à A+. Alexandre Beaudouin-Viel, qui a participé à l’enquête avec son association Partage ta rue 94, rappelle la topologie particulière de la commune, qui complexifie l’accessibilité cycliste. « Il y a des coupures urbaines incroyables à Villeneuve, avec la Seine et le gros axe routier N6. Sans oublier les faisceaux ferroviaires qui sont comme une chaîne de montagne, très durs à contourner. Tout ça fait qu’il y a plein de goulots d’étranglement », analyse le co-président.
Le quartier du Plateau mieux loti
Les municipales partielles du début d’année à Villeneuve-Saint-Georges ne se sont pas jouées sur le vélo. Dans son programme, l’actuelle maire Kristell Niasme (LR) évoquait succinctement ses ambitions sur le sujet : favoriser les circulations douces, accentuer la sécurité pour les deux-roues et développer la signalisation. Contacté pour évoquer son bilan, l’entourage de l’édile n’a pas donné suite.
Si le centre-ville pédale dans la semoule, certaines portions du haut Villeneuve affichent un autre visage. La piste cyclable aménagée dans le parc de Beauregard, derrière la mairie, est particulièrement agréable. Une assistance électrique m’aurait néanmoins bien aidé dans ce passage raide.

Pour atteindre le quartier du Plateau, l’avenue de l’Europe se grimpe facilement. Elle bénéficie d’une large bande cyclable séparée de la route par un espace vert. C’est en revanche plus flou lorsqu’on arrive avenue du Président Kennedy : voie partagée, trottoir, piste pour les vélos, on ne sait pas vraiment. Si bien que les piétons côtoient les deux-roues. « Nous, on milite pour des pistes cyclables sur la chaussée car il y a moins de risques de conflits d’usages », note Alexandre Beaudouin-Viel.
Le co-président de Partage ta rue 94 en appelle aussi aux candidats des prochaines élections municipales pour finaliser le réseau cycliste villeneuvois : « Il y a quelques aménagements poussés ici ou là, mais il faut trouver un moyen de relier les petits bouts qui existent. »
Il est temps pour moi de rentrer au garage, juste après un passage par la Végétale, cette voie verte de 20 km entre Créteil et Santeny, qui me donne un aperçu de ce qui se fait de mieux pour la bicyclette dans le Val-de-Marne.
Baptiste Duval