À Colombes, le vélo progresse mais ne circule pas partout

En 2020, le maire écologiste Patrick Chaimovitch s’est engagé à faire de la commune une « ville cyclable ». Cinq ans plus tard, si les aménagements en faveur du vélo se sont multipliés, plusieurs axes demeurent peu sécurisés.

Notre journaliste pédalant sur la nouvelle piste cyclable de la rue Etienne-d’Orves, inaugurée en septembre. ©François Boyer

Être cycliste à Colombes n’est pas de tout repos. Depuis la gare, la rue du Bournard donne le ton : une bande cyclable apparaît, les voitures frôlent, mais la circulation reste supportable. Quelques centaines de mètres plus loin, la route cède la place à une voie exclusivement cyclable. Le trajet gagne alors en sérénité. Rapidement, on rejoint la piste cyclable de la rue des Voies-du-Bois. Près de six kilomètres y ont été aménagés : quatre kilomètres à sens unique sur la rue d’Estienne-d’Orves et rue des Voies-du-Bois, et deux kilomètres à double sens, boulevard Edgar Quinet et rue Paul Bert. « L’axe qu’on a dessiné, c’est un axe Nord-Sud. L’objectif était d’assurer une continuité », explique Léopold Michallet, adjoint aux transports et aux mobilités. La jonction entre les deux zones s’effectue sans difficulté et permet de relier la Garenne-Colombes au stade Yves-Le Manoir.

Pour promouvoir le vélo, la municipalité écologiste a limité la vitesse des voitures à 30km/h dès le début de son mandat. Des bornes de réparation et des arceaux pour attacher les vélos ont aussi été installés. « On a 2500 stationnements vélos, mais il faudrait les doubler à l’avenir », reconnaît l’adjoint. La ville partait de loin. « En 2020, la ville était faiblement aménagée », décrit Arnaud Langlois, bénévole au sein de l’association Mieux se déplacer en Bicyclette (MDB) à Colombes. La commune est passée de la 19e (2019) à la 5e (2025) ville la plus cyclable des Hauts-de-Seine, selon le baromètre vélo réalisé par la Fédération des Usagers de la Bicyclette. En 2020, le maire écologiste Patrick Chaimovitch s’engageait à faire de Colombes une « ville cyclable ».

Ces aménagements favorisent l’essor du vélo. « En 2021, alors qu’il n’y avait rien, nous comptabilisions 800 vélos par semaine. Aujourd’hui, ils sont 4500», se félicite Léopold Michallet, l’adjoint aux transports. Déolinda, une habitante de Colombes depuis vingt ans, le constate au quotidien. Cette quinquagénaire s’est mise au vélo depuis la crise sanitaire. « Un gagne temps », selon elle. « Il y a plus de pistes et de plus en plus de vélos. Avant c’était calme. Maintenant, il y a beaucoup plus de monde, il faut faire attention. »

Le cauchemar de la place du Général-Leclerc

Si certaines pistes permettent de circuler sereinement, leur nombre reste limité. Nathalie, 56 ans, en fait l’expérience sur son trajet quotidien vers l’hôpital Louis-Mourier. « Sur trois kilomètres, je dois avoir à peine 450 mètres de pistes cyclables », estime-t-elle. Le reste du trajet se fait sur de grands axes très fréquentés.

La place du Général-Leclerc est un carrefour incontournable de la ville malgré son manque d’aménagements pour les cyclistes. ©Thomas Frontenac

La place du Général-Leclerc est un passage obligé. Depuis la rue du Bournard, trois options s’offrent aux cyclistes. A droite, le boulevard de Valmy, où se trouve des marquages au sol, tandis que des bus frôlent les vélos. En face, la rue Gabriel Péri : la bande cyclable disparaît après quelques centaines de mètres. A gauche, l’avenue Henri-Barbusse paraît plus accueillante, avec une bande cyclable sur le trottoir. Celle-ci s’interrompt presque aussitôt, obligeant à circuler sur la voie de bus. Des cyclistes sont même en contresens, faute de tout aménagement pour ceux venant de l’autre côté.

Sous responsabilité départementale, cette avenue figure parmi les axes les plus dangereux. « Ce n’est pas du tout sécurisé, il y a encore trop de voitures mal garées», confirme Arnaud Langlois de MDB. Ils réclament des aménagements sur l’avenue de l’Agent-Sarre, la rue Gabriel Péri et le boulevard Valmy. Sur ce dernier axe, l’association plaide pour « une piste cyclable complète », car fréquenté notamment par des collégiens. Les écologistes de Colombes, dont fait partie Léopold Michallet, souhaitent poursuivre la dynamique lors du prochain mandat. « Il y aura dans le programme des nouvelles pistes cyclables », indique-t-il.

Plus de pistes, moins de places

Le développement des pistes cyclables se fait souvent au détriment des places de stationnement. Dans les secteurs pavillonnaires de la rue d’Estienne-d’Orves et des Voies-du-Bois, près d’une centaine d’emplacements ont ainsi disparu. Une évolution dénoncée par l’opposition municipale, qui pointe les difficultés rencontrées par les riverains. « Ces pistes cyclables ont dégradé la qualité de vie des habitants. Il y a des difficultés de stationnement : vous voulez décharger vos voitures, vous avez un rendez-vous à domicile pour l’infirmière ou un artisan, il n’y a plus de place pour s’arrêter », déclare Nadia Frontigny, candidate divers droite. L’ancienne adjointe en charge de la démocratie locale des quartiers sous Nicole Goueta (LR) estime qu’« il y a un besoin des pistes cyclables ». Elle prévoit, si elle est élue, d’en développer au niveau du boulevard Valmy et de l’avenue Henri Barbusse. L’une des premières mesures que souhaite prendre la candidate ? « Un plan de circulation qui comprend vélos, camions et véhicules ».

La mairie affirme avoir proposé des solutions alternatives, tout en soulignant ses contraintes. « Le nouveau stationnement, ce n’est pas qu’on ne veut pas, c’est que ce n’est pas possible. Il n’y a pas d’emprise foncière », explique Léopold Michallet. La loi d’orientation des mobilités (LOM), adoptée en 2019, impose par ailleurs la suppression des places de stationnement motorisé dans un périmètre de cinq mètres en amont des passages piétons d’ici la fin de 2026. « Cela entraîne aussi la destruction de places », ajoute l’adjoint. Ces tensions se répercutent jusque sur les pistes cyclables. Plusieurs camions de livraison y stationnent. Contraint de les contourner, les cyclistes doivent se rabattre sur la route, parfois sans visibilité, au milieu de la circulation.

Arnaud Langlois juge malgré tout que « la ville devient cyclable ». L’association MDB prévoit de publier dans les prochaines semaines un cahier de propositions pour faire de Colombes une ville pleinement adaptée aux cyclistes.

Thomas Frontenac