Le burn-out de Karine Franclet en février 2025, maire UDI d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) et mère de famille, a mis en lumière la difficulté d’être sur tous les fronts. Chloé, maman solo et agente immobilière à Fort d’Aubervilliers, vit elle aussi au rythme de cette pression constante, entre travail, école et vie de famille.

Chloé, maman solo à Aubervilliers, jongle chaque jour entre son travail d’agente immobilière et l’éducation de son fils Léon, 5 ans et demi. Crédit : Lily Rey
Chloé croise, décroise les jambes, s’agite sur son canapé molletonné. Elle se penche vers son portable, le tapote pour vérifier une énième fois l’heure. 17h30 approche. Bientôt l’heure de récupérer Léon, 5 ans et demi, à la sortie de l’école. Maman solo depuis trois ans, elle gère un emploi du temps millimétré. Tout prévoir. Tout organiser. L’esprit de Chloé, 41 ans, tourne à plein régime, sans jamais s’arrêter. “Même un simple verre avec des amis, c’est anticiper. Est-ce que je ne vais pas être trop crevée demain si je rentre à telle heure ?”, s’interroge cette agente immobilière qui vit à Fort d’Aubervilliers.
À la naissance de Léon, Chloé change de carrière. Elle passe du marketing à l’immobilier pour avoir un emploi du temps plus flexible. Mais à la séparation avec son compagnon, cette souplesse atteint ses limites. “Je me suis prise un tacle au travail parce que je n’ai pas pu prendre un appel à 18h30 un soir”, raconte Chloé. Elle se reconnaît dans la situation de la maire Karine Franclet : ce sentiment de devoir être à 100 % tant au travail qu’à la maison. La maire UDI s’était retirée de ses fonctions en février 2025 en raison d’une « fatigue profonde » liée à ses rôles de maire et de mère seule. Elle a retrouvé son siège à la mairie le 16 juin.
Épuisement moral
Le rythme est dur à tenir avec un jeune enfant. Ecole, métro, boulot… mais pas dodo. “C’est courir toute la journée, se réveiller le matin avec un enfant fatigué, parfois de mauvaise humeur, qui ne veut pas mettre ses chaussures…” confie la quadragénaire, relatant un épuisement moral accentué à l’approche des fêtes. Le cas de Chloé est loin d’être isolé. Plus de 7 femmes sur 10 ressentent une charge mentale en France, selon une étude Ifop de 2024.
Gérer le tempérament du petit garçon, arriver à l’heure à l’école, être performante au travail. Tout en essayant de garder un cercle social pour ne pas être totalement isolée. Elle se projette déjà à la rentrée à l’école primaire en septembre 2026 : comment intégrer les devoirs du CP et une possible activité extrascolaire dans son emploi du temps surchargé ? Cette planification repose en grande partie sur elle, dans une routine où chaque décision doit être prise à l’avance.
“Je dois prendre sur moi”
Chloé confie sa peine de devoir s’occuper à “80%” de son fils. Les parents de Léon n’ont pas les mêmes priorités : lui a choisi sa carrière, elle adapte son travail à son enfant. Les 20% du temps restant, c’est-à-dire un week-end sur deux, Léon est chez son père. Enfin un moment pour la mère seule de se reposer ? Pas vraiment. “Il y a des pauses mais plus de vraies pauses”, souffle Chloé. Ces week-ends sont consacrés aux courses, au ménage et à la prise d’avance dans son travail. Et parfois ce rare temps seule tombe à l’eau. « Un jeudi soir, son père devait le prendre mais il a annulé parce qu’il était malade”, lâche-t-elle en colère. Et d’ajouter, “quand moi je suis malade, qui va s’occuper de mon fils ? Personne. Je dois prendre sur moi.”
Son fils est scolarisé dans une école primaire privée, dans la ville voisine de Pantin. Un choix qu’elle explique par les grèves et le manque d’enseignants dans les écoles publiques d’Aubervilliers. Cette distance implique une dépendance aux transports en commun et une organisation supplémentaire, dans un quotidien déjà sous tension. “Quand on est maman solo, c’est la double, triple peine”, répète à plusieurs reprises Chloé.
Lily Rey